Souffle-Parallèle

Blog inutile, sans intérêt et donc forcément indispensable...

09 octobre 2008

Les Enfants de Ceausescu

A l'heure où le tsunami était encore dans tous les esprits, la télévision nous inondait d'images d'un désastre sans précédent, toutes plus effroyables les unes que les autres. Une sorte de course à l'audimat où, à grands coups de surenchères médiatiques, tout était bon pour culpabiliser le téléspectateur lequel, pour soulager sa mauvaise conscience de bien vivre dans son luxe suffisant, envoyait quelques deniers.

Il était alors apaisé. L'esprit libéré. Prêt à réveillonner pour la nouvelle année. Une nouvelle année qu'il s’est forcément souhaité meilleure que la précédente.

Et le monde s’est mobilisé le temps de quelques semaines pour venir en aide à toutes ces victimes impuissantes face au déferlement de la vague meurtrière que l'on découvrait quasiment en direct sur nos écrans entre la Star-Ac et les pubs pour le dernier portable à la mode.

Et chacun se sentait alors investi d'une mission humanitaire cherchant à apporter sa petite pierre à l'édifice mondial de la solidarité. "Sauvons les enfants du Sud-Est Asiatique" c'est bien, c'est très bien. Il fallait bien entendu, leur venir en aide. Je l'ai fait. Vous l'avez fait. Nous l'avons tous fait, touchés par cette catastrophe où le nombre de morts ne cessait de s'allonger.

"Mais les autres ? Qu'en faites vous ?"

"Quels autres ?" Allez-vous me rétorquer !

Et bien tous les autres ! Tous ces enfants d'Afrique ou d'ailleurs qui meurent quotidiennement sans bruit, sans remous, sans tout ce tapage télévisuel dans l'indifférence quasi-générale. Tous ces enfants exploités de par le monde, ces petites mains de l'ombre dont le monde s'indiffère… On en parle, parfois, un peu, puis on passe à autre chose, au gré des gros titres de l'information du jour.

J'avais été très troublé par un reportage il y a deux ans. Un reportage confidentiel diffusé sur ARTE tard le soir, qui m'avait inspiré un poème « Bucarest Poscard », dans lequel on pouvait suivre la vie des enfants abandonnés de Bucarest. Livrés à eux-mêmes, on les voyait errer dans les couloirs du métro, reniés de tous, sans repère, sans avenir, sans lumière dans leurs yeux. Des enfants dont certains n'avaient même pas une dizaine d'années. Un reportage brut de fonderie, sans commentaire, où le téléspectateur mal à l'aise se retrouvait devant une réalité éprouvante comme devraient l'être au quotidien les habitants de Bucarest qui croisent ces quelques deux mille gamins rejetés. Sauf que eux, ils ne les voient même plus. Je regardais donc ce reportage, horrifié, dégoûté, réellement troublé ne comprenant pas comment à si peu de kilomètres de chez nous un peuple avait pu en arriver à de telles extrémités. Je pensais avoir vu là, une des dernières horreurs du vingtième siècle. Que nenni ! L'absurdité humaine semble sans limite. Et donc entre deux reportages sur le tsunami annoncés à grand coup de promotion et une émission de télé-réalité non moins plébiscitée, je suis tombé par hasard, toujours sur ARTE, sur un documentaire intitulé "Des Enfants sur Ordonnance". Et là j'avoue que je n'ai plus de mot. Considérée dans les années 60 comme un modèle de société socialiste et comme la seule brèche possible pour mettre un pied dans le bloc soviétique, la Roumanie via sa figure de proue Nicolae Ceausescu était adulée par l'Occident. Ivre de grandeur, Ceausescu avait pour dessein ni plus ni moins de créer un homme nouveau, parfait, censé faire rayonner le modernisme de la Roumanie. En 1966 il rédige le décret 770 qui fera date et qui a des retombées encore aujourd'hui. Pour résumer, le décret 770 imposait aux roumains à grands coups de répression d'avoir un minimum de quatre enfants et interdisait bien évidemment l'avortement. De fait plus de onze mille femmes sont décédées suite à des IVG clandestines ! Mais le comble de l'ignominie est atteint lorsqu'il pousse l'eugénisme jusqu'à enfermer les enfants handicapés mentaux dans des sortes d'asiles insalubres, de véritables mouroirs, où délaissés, sans soin, sans personnel formé, au milieu de détritus, d'immondices et de fientes, ces enfants du miracle roumain en décomposition survivaient, poussés par on ne sait quelle force, enfermés par dizaines dans des cellules exiguës de quelques mètres carrés envahies par toutes sortes de parasites et, par des rats ! Les rats ! Des rats qui eux-mêmes pour survivre, s'attaquaient à ces enfants sans défense qui n'avaient réellement plus grand chose d'humain. L'horreur à son summum. Des images insoutenables, horribles. Mais bien au-delà du choc visuel, c'est une réalité sans nom, oubliée de tous qui a existé et qui existe peut-être encore sans doute quelque part en Roumanie. En Roumanie, aux portes de l'Europe ! Ces mêmes petits Roumains qui vous demandent aujourd'hui un euro aux portes du métro parisien. Vous savez bien, ces petits enfants qui ne cessent de vous agacer quand à 18 heures vous êtes pressé de regagner le doux domicile conjugal où vous attendent vos chaussons douillets. Ceux-là mêmes qui croupissent dans les égouts de Bucarest, ou les frères de ceux qui moisissent dévorés par les rats dans des hospices d'un autre âge où on n'oserait même pas loger nos propres chiens.

Alors, donnez, oui donnez pour les enfants du tsunami, mais n'oubliez pas les autres, tous les autres, tous ceux qui souffrent de l'imbécillité des adultes, de la cruauté de l'homme, de la déficience intellectuelle de certains de nos dirigeants.

Qui meurent par notre indifférence.

Oh non, ne vous y trompez pas, je ne cherche pas à vous culpabiliser. Je suis comme vous. Moi aussi je ferme parfois les yeux quand on me tend la main. Mais quand je vois de quelle façon nous sommes capables de nous mobiliser quelquefois pour tenter de reconstruire des pays dévastés, je me dis aussi qu'on devrait être tout aussi capable d'offrir un peu plus d'humanité et d'amour à tous les enfants du silence médiatique.

Bien évidemment ce texte ne sauvera aucun enfant, ce texte ne sert à rien. Et vous pourrez penser qu'il est facile pour moi de dénigrer tout un chacun bien caché derrière l'écran de mon ordinateur dans le confort excessif de mon appartement. Je le sais bien. Je n'ai pas vocation à sauver le monde. Mais parfois j'ai un peu honte de me plaindre de mon sort. J'ai un peu honte quand ma petite fille vient me parler et que je feins d'avoir autre chose à faire, juste parce que je suis fatigué d'une journée de travail. On ne s'occupe jamais assez de nos enfants.

Aussi pour finir je me permets d'emprunter ces quelques mots à mon amie Véro "Si vous voyez un enfant geindre, Écoutez-le c’est important !"

Touchez pas aux enfants ! Jamais !

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06 octobre 2008

Zéro pointé

Aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, je n’ai jamais été un très bon élève. Oh je n’étais pas le cancre au fond de la classe, j’étais juste dans la rangé devant lui. Pour être honnête, je n’aimais pas l’école, j’ai toujours détesté ça. Je n’en garde d’ailleurs aucun souvenir, ni bon, ni mauvais. En fait j’aurais pu être un bon élève, j’ai même eu des moments de lucidité et d’intelligence remarquables, mais je détestais faire mes devoirs et j’avais la hantise des contrôles de connaissances. Bref l’école n’était pas faite pour moi. Ceci dit, comme j’aime cultiver les paradoxes, après un parcours scolaire chaotique, je me suis offert le luxe de reprendre, une fois adulte, des études universitaires et de décrocher deux diplômes avec mention. C’était une sorte de pied de nez à mes anciens professeurs qui ne voyaient en moi qu’un bon à rien.

Toujours est-il, que j’ai très très mal vécu mes années « collège » et mes années « lycée ». C’était l’enfer. Je collectionnais les mauvaises notes et notamment les zéros ! Ah le zéro ! L’arme ultime de l’enseignant ! J’imagine le plaisir malsain, que dis-je, la jouissance intense de l’enseignant qui au bas d’une page de devoir griffonne d’un geste plein de hargne et de dédain un rond rouge sang plein de sous entendu. Avait-il seulement conscience de ce que ce petit dessin pouvait signifier dans l’esprit d’un jeune ado ? Si pour lui, ce zéro n’était qu’une réponse facile, cachant en fait son impuissance à partager son savoir, pour moi il représentait bien une négation de ma personnalité. Méritais-je réellement ces zéros ? N’étais-je donc qu’une valeur totalement insignifiante pour être considéré comme nul ? N’était-ce pas une forme d’abandon et d’incompréhension que de tirer une conclusion aussi radicale ? Savaient-ils seulement, ces très chers professeurs à la culture irréprochable, ce qui se cache derrière ces zéros allègrement offerts en guise de sanction suprême ?

Quand on y réfléchi deux secondes, le zéro est une hérésie. D’ailleurs Aristote, pour qui le vide et l’infini n’existaient pas, rejetait l’idée de concevoir une représentation, fut-elle mathématique, du rien. S’il n’y a rien, il est logiquement impossible et inutile de représenter physiquement ce rien. Ca tombe sous le sens. S’il n’y a rien, pourquoi vouloir quantifier ce rien ? A partir du moment où on défini ce rien, immanquablement celui-ci prend corps et devient une entité à part entière. Il perd donc ipso facto son statut de rien. Mais bien qu’étant donc la personnification du rien, le zéro existe pourtant bel et bien. En revanche si les autres chiffres « naturels » trouvent leurs origines à l’aube de l’invention de l’écriture, l’apparition du zéro a demandé un certain temps avant que mon professeur n’ose le poser sans scrupule sur mon devoir de français. Dans les temps les plus reculés, le système de numérotation était réduit à sa plus simple expression. Pour recenser ses animaux, les éleveurs comptaient de la sorte : un, deux et… trop ! Ce « trop » décliné en « troupeau », devenu bien des millénaires après « three », « drei », « tres », « tre » ou encore « trois » en français, correspondait à un ensemble indéfini au-delà de ce que l’homme savait alors compter. Ce qui est logique, car aujourd’hui encore, l’œil humain ne peut comptabiliser plus de trois choses en même temps. Faites l’expérience, vous serez surpris ! Demander à quelqu’un de mettre plusieurs objets sur une table et essayer de les compter. S’ils ne sont que deux, instinctivement vous direz « il y en a deux ». S’il y en a trois, idem. En revanche s’il y’en plus de trois, vous devrez compter un à un le nombre d’objets exact avant de dire combien il y en a. Aussi à cette époque lointaine alors que l’homme n’avait pas encore inventé de système numérique, la comptabilité était plus que rudimentaire. C’est alors que les Sumériens eurent l’idée d’inventer un moyen permettant de mieux s’y retrouver dans leurs échanges commerciaux. Et oui, dès qu’il y a du pognon en jeu, l’homme a subitement des idées de génie ! Afin donc de pouvoir garder une trace de leurs transactions, ils utilisèrent des boules d’argile creuses dans lesquelles ils plaçaient des cailloux de différentes formes symbolisant chacun une quantité précise, les calculi. Un caillou long comptait pour 1, une bille pour 10, un disque pour 100, un cône 300 etc. Une fois la transaction faite, la boule était cuite et devenait une sorte de livre de compte. Le problème est qu’il fallait casser la boule pour savoir ce qu’elle contenait. Sans doute est-ce là, l’ancêtre de la tirelire ! Quoiqu’il en soit le système était guère satisfaisant, la grosseur de la boule ne reflétant pas forcément la valeur de son contenu. Ainsi une boule de 100, qui ne comptait donc qu’un seul disque était bien plus petite qu’une boule qui valait 58, soit 5 billes et 8 bâtons. La solution adoptée fut alors de représenter sur la boule ce qu’elle contenait avant de la cuire. Chaque calculi était représenté par un symbole. Rapidement, comme quoi le sumérien n’était pas idiot, celui-ci s’aperçu que les calculi n’avaient plus vraiment d’utilité vu qu’en regardant simplement la boule on connaissait sa valeur. Il abandonna donc la boule, les calculi et se contenta d’inscrire sur une tablette plate la valeur de l’échange. L’écriture était enfin née. C’est d’ailleurs assez étonnant quand on sait combien tout au long de nos chères études l’éducation nationale a toujours distingué d’un part les littéraires et de l’autre les matheux, alors qu’au départ l’écriture a germé dans l’esprit de mathématiciens ! Et le zéro ? Nous n’y sommes pas encore, les sumériens n’en avaient pas besoin.

Plus tard, vers 2000 ans avant JC, les Akkadiens s’installent en Mésopotamie en lieu et place des Sumériens. Et oui déjà à cette époque là, c’était le bordel du coté de l’Irak et de l’Iran. Les Akkadiens, plus malins que les Sumériens, logique sinon ils n’auraient pas pris leur place, améliorèrent le principe d’écriture des nombres de façon radicale. Ils réduisirent le nombre de symboles à tout juste deux signes distinctifs, un clou et un chevron, valant respectivement 1 et 10. Seulement, allez-savoir ce qui leur est passé par la tête, ils optèrent pour une numérotation en base… 60 ! Fallait oser ! En résumé, nous, nous comptons en base dix. C'est-à-dire qu’une fois atteint le dixième chiffre de notre numérotation, le 9 donc, le premier étant le zéro, pour écrire le chiffre suivant on ajoute un 1 devant le 0 et ainsi de suite. En base soixante, que dalle ! Faut attendre le soixantième numéro pour passer à la dizaine ! Et comme tout s’écrit avec des clous et des chevrons, ça devient rapidement un enfer ! D’autant plus que certains nombres s’écrivent rigoureusement de la même façon comme leur « un » leur « soixante » ou leur « trois mille six cent » et ainsi de suite, tous représenté par un clou. Afin d’y mettre de l’ordre ils décidèrent d’écrire les chiffres dans des colonnes. La colonne de droite représentant l’unité, celle juste à sa gauche les dizaines (qui je le rappelle étaient alors des soixantaines), puis les « centaines », les « milliers »… De cette façon, la position du clou définissait sa valeur. Seulement il subsistait un problème. Comment écrire 601 ? Un clou – rien - un clou ! Et ce rien là posait soucis car il était représenté par un espace plus ou moins important selon les scribes. Manifestement il manquait un truc pour combler ce rien. Et ce sont les Babyloniens, bien plus futés que les Akkadiens et quasiment des extra-terrestres pour les Sumériens, qui pensèrent judicieux de remplacer ce rien par un symbole exprimant ce rien ! Le premier zéro venait de voir le jour. Ce zéro là n’avait qu’une seule utilité, indiquer qu’il n’y avait rien.

Il a quand même fallu attendre quasiment 4000 ans pour en arriver là ! Quatre millénaires pour arriver à exprimer la notion du rien ! C’est pas rien ! Fier de ce zéro de substitution, le Babylonien s’en contentera pendant plusieurs centaines d’années, au moins jusqu’à l’arrivée des Grecs, qui malgré leur culture, n’avaient pas intégré la logique de numérotation de position des Babyloniens et ne voulaient en aucun cas entendre parler de la possibilité d’exprimer le rien. Entre temps, de leurs cotés, en catimini, les Indiens (ceux des Indes pas des Amériques) avaient développé un système de calcul bien plus avancé basé sur une numérotation à neuf signes. Malheureusement ils butaient eux aussi sur ce satané phénomène du rien. Mais teigneux et perspicaces, ils s’accrochèrent et inclurent dans leur numérotation le « Sunya ». Mieux, ils apprirent à le dompter et à l’inclure dans leurs calculs ! Ainsi sont-ils parvenu, ô miracle, à comprendre qu’en retirant d’une quantité une même quantité, on obtient sunya ! Ca semble très con à première vue, mais c’est une véritable révolution ! Jusqu’alors, 3247 – 3247, ça n’avait pas de résultat ! On savait pas faire ! A présent ça faisait sunya ! Dès 628, dans son traité d’astronomie, le Brahma Sphuta Siddhanta, le mathématicien Brahmagupta exprime clairement que le zéro est la soustraction d’un nombre par lui-même. Il démontre de la même manière qu’un nombre multiplié par zéro donne zéro. En bas de mon devoir, si j’avais été indien, mon prof aurait écrit « sunya/20 » ! Seul hic, dans la logique numérique indienne, le sunya se situe après le 9 et non avant le 1. Mais bon on va pas chipoter pour si peu. D’autant plus que quelque part vers le VIII siècle après JC, lui-même par ailleurs victime d’une sombre histoire de chevrons et de clous, mais je m’égare, les arabes arrivent tranquilles en Mésopotamie titiller les Grecs. Bien que ces derniers aient complètement abandonné la numérotation Babylonienne, laquelle cependant a laissé des traces jusqu’à nos jours – le terme soixante-dix provient bien de la numérotation en base 60 des babyloniens – les Arabes découvrent l’influence des indiens et adoptent leur système, le sunya y compris. Par le biais de traductions hasardeuses, oserai-je dire par le téléphone arabe, sunya se transformera en as-sifr, puis en ziffer pour finir en « chiffre ». Aussi surprenant que cela puisse paraître, bien qu’ils n’aient en fait rien inventé du tout, les arabes donneront leur nom à tous les chiffres, ceux-ci seront dès lors considérés comme « les nombres arabes ». Mais penser que les indiens étaient les seuls à avoir eu l’idée du zéro serait bien réducteur. De l’autre coté de la terre, dans un continent qui n’existait pas encore, les Mayas avaient durant le premier millénaire, mis au point un système de numérotation avancé possédant un zéro représenté notamment par un coquillage.

Petit à petit le zéro fait son chemin. Si Brahmagupta croit à tord que 0 divisé par zéro donne 0, il ne parvient pas à diviser 1 par zéro. Ce n’est qu’au XIème siècle qu’un autre indien, un certain Bhaskara apporte la solution. 1 divisé par 0 est égale à l’infini ! Ainsi le vide et l’infini sont intimement liés. Voilà une sacrée claque pour tous les Grecs réfractaires ! Le pire c’est qu’ils n’étaient les seuls à voir ce zéro d’un mauvais œil ! Sûrement à cause de cette histoire de clous et de chevons, l’Eglise avait la plus grande méfiance vis-à-vis de ce chiffre qui ne représente rien. Le rien est une notion assez mal vue par le clergé comptes tenus que Dieu est tout. Si Dieu est tout, il est le rien. S’il est le rien forcément il n’existe pas ! Ils sont tordus chez ces gens là ! Du coup, le zéro s’il apparaît en occident aux alentours du XIIème siècle mettra un certain temps avant de s’imposer. Bien que sa première trace écrite remonte à cette époque, sous le joli nom de « Zephirum » puis « Zephiro », ce n’est qu’en 1491 qu’il deviendra enfin « Zéro ». 1491 !!! Le zéro que nous utilisons tous à tord et à travers, sans se poser de question, a à peine plus de 500 ans ! C’est fou non ?

Je doute fort que tous les professeurs prétentieux et hautains qui collent des zéros à-qui-mieux-mieux en guise de punition miracle, soit bien conscient de cette fantastique histoire du zéro. S’ils le seraient, sans doute le traiteraient-ils avec tout le respect qu’il mérite. Le zéro est un chiffre magique, unique, incroyable. Il flirte avec l’infini. Il tutoie le néant. Le zéro a un pouvoir absolu. C’est le paradoxe ultime. Il est rien et son contraire. Il est naturel et complètement fabriqué. Il est réel et irrationnel. Il sait tout autant être complètement inerte et absorber tout sur son passage. Maintenant que j’y pense, je suis fier d’avoir eu tous ces zéros ! Ce n’est pas permis à tout le monde de toucher ainsi le vide et l’insondable !

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28 septembre 2008

Annie, Evelyn, Dolores et les autres

doloresLorsqu'on découvre Annie Wilkes, une insignifiante infirmière sans prétention, le personnage paraît de suite sympathique. Incarnant parfaitement la femme simple, sans strass, sans prétention, elle ne se distingue en rien de votre voisine de palier. Elle n'a ni le physique d'un top model, ni la classe prétentieuse d'une star hollywoodienne. Elle est de celles qui se fondent dans la foule sans que personne ne la remarque. Elle ne cherche pas à se démarquer, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

Evelyn Couch, pour sa part, est une femme de la middle class américaine. Une parfaite femme d'intérieur que son mari ne regarde même plus tant elle fait partie du décor. Malgré ses efforts pour tenter de ranimer cette lueur d'amour, elle reste seule, des journées entières à attendre que son homme revienne du bureau. C'est une femme dans la quarantaine sans véritable plaisir, sans passion particulière, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

La vie de Dolores Clairborne n'est guère plus excitante. Recluse dans une campagne perdue, elle n'est qu'une pauvre femme de ménage chez une vieille rentière aigrie. Dolores n'attend rien de particulier, elle vit au jour le jour son existence morose de femme seule, avec ses doutes et ses fantômes. Juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Annie, Evelyn et Dolores sont trois femmes que rien ne semble pouvoir sortir de la banalité de leurs conditions. Ce sont des femmes sans envergure, sans ambition, des femmes non pas déçues de la vie, mais résignées de n'être qu'elles-mêmes, de n'être rien que des femmes au quotidien sans surprise.

Pourtant lorsque Annie vient en aide au célèbre romancier Paul Sheldon, son visage si jovial reflète soudain des traits bien inquiétants. Et quand Evelyn rencontre l'octogénaire Ninny Threadgoode, sa vie va prendre un tournant radical ! Quant à Dolores, rapidement soupçonnée de meurtre, elle va se révéler une femme incroyable qui tente désespérément de survivre aux démons de son passé.

misery1Ces trois femmes en fait n'en sont qu'une et une seule. Elles sont quelque uns des multiples visages qu'incarne une autre femme. Une femme sublime, émouvante, qui sait être à la fois pathétique et inquiétante. Une femme qui incarne aussi bien la tendresse maladroite, le désespoir total, le mystère le plus obscur, voire le ridicule ou la folie. Qu'elle se transforme en psychopathe démoniaque, en visiteuse attendrie de maison de retraite ou en veuve désabusée, elle reste une femme exceptionnelle qui multiplie les métamorphoses avec une aisance déconcertante sans jamais se dévoyer, en conservant cette personnalité à la fois fragile et forte. Cette femme est un caméléon, une funambule qui jongle avec les personnages qu'elle incarne comme personne. Cette femme vous la connaissez. Vous l'avez déjà vue, mainte et mainte fois, aux côtés de Warren Beatty et Madonna dans "Dick Tracy" ou avec l'immense Jack Nicholson dans l'inénarrable "Monsieur Schmitt". Elle était aussi Molly Brown dans "Titanic". Mais avant tout elle était la terrifiante Annie Wilkes dans "Misery", l'attendrissante Evelyn Couch dans le sublime "Beignets de tomates vertes" et la troublante et mystérieuse Dolores Clairborne dans le film du même nom.

Actrice aux multiples talents, Kathy Bates fait partie de ces comédiens qui, bien que toujours discrets, presque effacés, crèvent l'écran par leurs interprétations magistrales. Qu'elle assure des seconds rôles ou qu'elle soit la tête d'affiche, les prestations de Kathy Bates sont toujours admirables. Elle s'approprie les personnages qu'on lui propose et leur donne une dimension surprenante qui ne laisse jamais indifférent. Un peu à l'image d'un Morgan Freeman, Kathy Bates a une prestance incomparable qui illumine l'écran. Chacune de ses apparitions marque le spectateur tant elle envahit la scène de sa présence naturelle. Elle n'a pourtant rien de la star  "bankables" siliconée, rien de la jeune première qui ne doit sa notoriété qu'à ses frasques matrimoniales qui font la première des tabloïds. Sa reconnaissance elle ne le doit qu'à son travail, à son jeu toujours impressionnant et magistral. Loin des canons habituels de la beauté, elle assure ses rondeurs avec élégance et grâce et prouve qu'il n'est pas utile d'être un top model pour avoir du charme. Ses formes elle en fait un atout  et les exploite au mieux pour incarner les différents personnages qui lui sont confiés. Grâce à son physique, elle personnalise à merveille la femme qu'on croise tous les jours, ce qui rend ses personnages on ne peut plus crédibles et véritablement humains. Ainsi lorsque Annie Wilkes au comble de sa folie torture le pauvre Paul Sheldon, quand cette femme aux apparences fragiles brise avec une violence inouïe mélangée à d'une délectation certaine, les jambes de l'écrivain prisonnier, on ne peut qu'être impressionné ! Comment une femme si touchante, si émouvante, peut-elle se transformer en véritable psychopathe prête aux pires violences pour assouvir sa passion démesurée ?

beignetspetitElle est encore plus attendrissante lorsqu'elle se prend d'amitié pour Ninny cette vielle femme aux talents de conteuse intarissable qui relate la superbe histoire d'amitié qui liait la frêle Ruth et la masculine Idgie quelque part dans les années 30. Ses efforts dérisoires pour tenter de reconquérir son homme rivé à la télé, sa boulimie de sucreries pour tromper son ennui, son look de ménagère bourgeoise frustrée criant de vérité sont aussi bouleversants que ridicules, mais tellement prenants et réalistes !

Que dire de Dolores ? Ce personnage lui sied à merveille. Terrée dans sa noirceur, enfermée dans sa rancœur, sa misère et ses mystères, vivant chichement dans une masure délabrée, elle devra affronter les soupçons d'un inspecteur tenace et surtout le retour inattendu de sa fille Selena, une brillante journaliste new-yorkaise pour le moins en décalage avec l'existence taciturne de sa mère. Une confrontation poignante entre deux mondes différents en totale rupture affective.


Récompensée entre autres, par un Oscar et un Golden Globe pour son rôle dans "Misery" et nommée pour l’Oscar du meilleur second rôle pour "Primary Colors" et "Monsieur Schmidt", Kathy Bates est une valeur sûre du cinéma américain reconnue internationalement. Depuis 1971 où elle joua son premier rôle dans "Takin Off" de Milos Forman après un début de carrière au théâtre, elle n'a cessé de tourner avec les plus grands dans plus de 50 films sans compter un nombre non négligeable de téléfilms.

Membre de "the Academy Awards", cette boulimique de cinéma s'est lancée depuis 1995 à la réalisation, signant notamment quelques épisodes de "Six Feet Under" et participant aux séries  "NYPD Blue" et "Oz". Elle a réalisé aussi deux téléfilms, dont "Dash and Lily" avec Sham Shepard qui sera cité 9 fois aux Emmy Award et 3 fois au Golden Globe, ainsi que le film « Bonneville » avec Jessica Lange.

Allez découvrir Kathy Bates, laissez-vous séduire par cette femme pas tout à fait anonyme mais qui mène tout de même une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Monsieur_schmidtpetit

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30 juin 2008

Es war einmal

Je regarde la vie et n’y vois que des ombres. Des ombres sans visage. Des ombres décharnées. Chacune sur sa route, happée par ses démons, comme autant de souffrances errant sur le bitume. Anonymes. Anonymes et grises dans leurs manteaux de haine, sous leurs étoffes de désillusion. Elles marchent, sans un mot, sans un regard, droit devant elles, emmitouflées dans leurs solitudes pesantes, dans leurs suffisances aigries, dans leurs incapacités d’être. Elles ne sont rien, rien d’autre qu’elles mêmes. Rien que des âmes de passage sur le trottoir de l’indifférence. Elles évoluent sans passion. Sans passion et sans plaisir au milieu d’un monde qui les ignore. Elles n’existent pas. Elles sont simplement là, attendant l’improbable, espérant l’impossible avec le rêve secret d’être quelqu’un d’autre. Elles croisent leurs semblables, elles ne les voient pas. Ils ne se voient pas. Ils sont invisibles, transparents, incognitos… Fondus dans un paysage terne et linéaire. Bétonnés dans les perspectives écrasantes d’un décor urbain étouffant. Dans leurs monodies muettes ils invoquent des dieux sourds qui n’entendent que le bruit de leurs frustrations.

Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Des dizaines, des centaines, des milliers, des milliards ? Qu’importe. Ils sont là. Impuissants et stériles. Egarés dans un scénario qu’ils ne maîtrisent pas. Assommés par le poids de l’existence, accablés pas des contingences absurdes dont ils ignorent tout. Asservis à leur condition d’être humain, ils respirent sans plaisir, ils réfléchissent sans penser, ils aiment sans passion. Ils jouissent sans frisson. Leur quotidien n’est qu’une longue succession d’instants vides. Des parcelles de pas grand-chose qui s’accumulent au fil du temps pour construire un semblant de quelque chose. Rien qu’un puzzle noir décoloré et insipide. Un patchwork sans couleur. Un Meccano branlant. Instable.

Dans leur tête résonne le cri de leur inanité, de leur incapacité à s’affirmer. De leurs incohérences. Naître et ne pas être… Difficile équation aux multiples inconnues. Alors ils s’inventent des excuses, ils s’imaginent des raisons. Tentent de trouver des réponses à la seule question qui soit « Pourquoi ? ». Pourquoi sont-ils là ? Pourquoi sont-ils, tout simplement … Quelle est leur place ? Quelle est leur fonction ? Où doivent-ils se situer dans ce carrousel infernal, dans ce tourbillon trop rapide qui leur donne le vertige ?

Parfois, au milieu du tumulte, quelqu’un réagit. Il cherche à s’affirmer, à se démarquer, à s’extraire de ce conglomérat d’individualités similaires, croyant être unique, différent, authentique. Mais s’il peut le paraître, à ses yeux et aux yeux de certains, intrinsèquement il n’est guère différent. Au final, il est même totalement identique. Seules les apparences changent. Mais les apparences sont trompeuses et derrière les attitudes, derrière le masque fardé, la réalité est la même. La silhouette est la même. La ligne est la même. Tout n’est que faux-semblant, duperie et imposture.

Nous avons tous en commun l’arrogance de vouloir nous prétendre être différents. Mais nous ne sommes que des homonymes, des copies conformes, des clones génétiquement momifiés, des synonymes connexes et ordinaires, tous liés par une même destiné. Exister. Pour rien. Juste parce que c’est ainsi. Simplement parce que c’est dans la logique des choses. Sans autres alternatives possibles. Nous accusons réception de nos passeports pour l’inutile et nous glissons sur le fil de notre histoire. Nous bâtissons nos cauchemars pour mieux dompter nos peurs. Nous nous inventons des phobies pour nier les évidences. Nous ciselons nos craintes pour nous affranchir de la réalité. Nous offrons en pâture nos cerveaux malades à quelques psycho-blogs dealers d’anxiolytiques. Dans l’espace confiné de nos angoisses nous n’avons que l’assurance de nous enfoncer d’avantage dans le dédale de nos doutes, dans les méandres de nos solitudes aveugles.

Les « je » sont faits. Les options sont posées. Le décor est monté. Les rôles, distribués. Tout est orchestré d’avance. Il ne nous reste plus qu’à jouer nos partitions. Encore faut-il savoir les lire… La mienne est en braille… Es war einmal der Mench… Das menschliche Wesen…

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03 mai 2008

La livreuse de "soi"

Au cœur de cet espace immatériel, dans ce monde d’illusions numériques, elle vient parfois nous apporter son écrin de réflexions intimes, ses coups de gueule, ses états d'âme... Et non, nous ne nous connaissons pas, pourtant nous nous laissons aller à l’échange comme si nous écrivions à un journal intime interactif où se noue une sorte d'alchimie invisible qui nous unis en un même plaisir de communication. Nous savons que nous pouvons être nous même, que nous pouvons nous exprimer sans devoir subir un quelconque regard.

Ce regard que nous nous portons les uns les autres, nous est personnel. Il ne subit aucune altération d'aucune sorte. Juste un regard qui se crée sur les émotions sur un ressenti et non sur un a priori physique. Le physique influe souvent sur la perception de l'autre et ici, rien de tout ça. Malgré nous, même si nous n'avons rien contre personne, nous réagissons souvent face aux gens par l'image qu'ils nous affichent. Ainsi un visage ouvert pourrait plus facilement nous paraître accessible qu'un regard fermé. De même la gestuelle, le comportement, le grain de la peau, l'odeur, le son de la voix tout cela sont des facteurs qui influent notre perception de l'autre, des facteurs qui ici sont totalement absents. Ici nous ne percevons que l'intime personnalité, que le "moi" intrinsèque sans aucun parti pris, juste l'expression de nos réflexions, juste ce que nous croyons être nous même.

Sans doute, ne sommes-nous pas toujours objectifs par rapport aux textes qui nous touchent. Nous le serions si nous faisions abstraction de nos propres ressentis. Mais inconsciemment nous en idéalisons l’auteur, voyant en lui ce que nous voulons voir. Comme si ses mots étaient une sorte de miroir qui ne reflèterait que les images positives que nous espérions y trouver. En fait nous ignorons tout de lui et il ignore tout de nous. Sommes-nous réellement ce que nous prétendons et est-il réellement celui que nous croyons ? Nous n'en savons rien, et peut importe en fait. Nous trouvons dans ces proses, dans ces vers l'interlocuteur idéal. De fait, nous ne savons pas voir et ne voulons pas trouver en l'autre le détail qui altèrerait notre vision et donc forcement nous ne sommes plus objectif. Nous nous saoulons de mots comme nous le ferions d'une douce liqueur. Et c'est très bien ainsi. L'important reste le plaisir de l'échange. Alors laissons-nous emporter par ces voyages au delà du quotidien où nous trouvons un écho à nos sensibilités sans chercher à paraître autre chose que nous même. Soyons nous même, restons sans fard et la lumière sera !

Laissons donc l’écriture nous parler… Laissons-la faire, « la livreuse de soi »…


Alain/SoSad  13/10/2007 14h39

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Le dernier matin

Qu'il est donc doux ce matin de printemps
Quand la rosée en ce jardin libère
Tous les parfums que nous offre la terre
Se réveillant sous le soleil levant

Au pied d'un buisson sauvage et diffus
Soudain je surprends une musaraigne
Fragile animal qui en ce lieu règne
Tout près du vieux saule aux branches touffues

Derrière un pierrier un peu à l'écart
au bord de la mare ou je m'agenouille
Entre les roseaux saute une grenouille
Pour se reposer sur un nénuphar

Par delà le mur au loin je peux voir
Quelques bovidés qui paissent tranquilles
une herbe bien grasse aux tiges fragiles
Avant de gagner le vieil abreuvoir

L'allée où je marche alors me conduit
A travers les fleurs que le jour enrobe
De mille couleurs comme autant de robes
Dans cet horizon qui m'est interdit

Le cœur à l'envers le long du sentier
Je cueille un bouquet, que l'on me pardonne,
De beaux daturas et de belladone
Qui me sauveront de tout ce merdier

© 15/01/2008 00:11

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Ondine

En ce beau jour d'été le chemin de halage
Bordé de peupliers me faisant bel ombrage
Comme une onde marine au parfum mentholé
Me berce de fraîcheur et de sérénité

Sur les berges je vais, au rythme des palplanches
Le long de ce canal où les cygnes étanchent
Cette ivresse de vie exquise liberté
Que chacun revendique et rêve de goûter

Une lourde péniche au détour d’une écluse 
Se souvient d’Archimède et des niveaux s’amuse
Elle se lève poussive en douceur et sans bruit
Digne et majestueuse en ce bief endormi

Et d’amont en aval coulent des jours paisibles
Fières embarcations et chalands impassibles
Piètres coquilles de noix ou bien frêles esquifs
Comme autant de galions à l’abri des récifs

Sur les bords du chenal tout est calme et tranquille
Je m’arrête un instant loin des murs de la ville
Une bise légère ose embrasser les flots
Mon visage brouillé se reflétant dans l’eau

Doucement je m’enfonce…


© 17/12/2007 21:36

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Klimt « Jesienne Odcienie Melancholii »

Klimt

Cet album n’est aucunement la bande originale d’un reportage consacré à Gustav Klimt mais il pourrait l’être, tant certaines toiles du Maître, je pense notamment à « l’Attersee », auraient très bien pu inspirer l’auteur de ce Jesienne Odcienie Melancholii, un certain Antoni Budziński. De cet homme je ne sais rien, si ce n’est qu’il serait un guitariste polonais œuvrant au sein d’un groupe appelé Saluminesia. Mais qu’importe qui il est et d’où il vient, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans cette galette où prédominent le calme et la beauté. Musique atmosphérique, aérienne, mystérieuse, angélique, limpide, subtile, délicate…
Un enchantement sonore idéal pour la méditation, le repli sur soi tout en nuances d’automne mélancoliques….

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John Hackett & Steve Hackett « Sketches of Satie »

hackett_satieJ’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Erik Satie. Ses compositions pour piano sont parmi les plus touchantes qu’il soit. Compositeur avant-gardiste, son phrasé musical est unique, transformant, en quelques petites minutes, le silence en un monde magique et profond. Bien qu’il ait créé des pièces pour orchestre, le piano reste son instrument de prédilection. Aussi l’album des frères Hackett paraît de prime abord improbable. Adapter les titres de Satie à la guitare et à la flute n’est pas forcément la première idée qui vient à l’esprit. Et pourtant les deux musiciens réussissent à merveille ce tour de force. Mieux même, ils parviennent à nous faire oublier les compositions originales sans les dénaturer. C'est-à-dire qu’on a réellement l’impression que ces titres ont été écrits pour un duo guitare-piano ! Steve, le guitariste, s’occupe principalement de la partie « accompagnement » des compositions de Satie pendant que John, le flutiste s’occupe de la partie « solo ». En résumé, pour faire plus simple, Steve est la main gauche sur le clavier tandis que John est la main droite. Et le résultat est absolument bouleversant. Les « Gnossienne » sont claires, fluides, mystérieuses. Les « Gymnopédie » profondes et sensuelles. Les « Pièces Froides » hypnotisent. Les « Avant-dernières pensées » sautillent, dansent, s’envolent. Quant aux « Nocturne » elles sont magnifiques de délicatesse, de calme… John et Steve égrainent leurs notes en fines volutes musicales subtiles et fragiles. Un album de toute beauté, qui prouve tout le génie créateur de Satie et les qualités d’interprètes des frères Hackett.

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Mods de vie

« We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! »

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1Il faut remonter aux années cinquante pour voir naître en Angleterre le premier phénomène de bandes de jeunes liés par une même identité musicale. A cette époque, ceux que l’on nomme alors les Teddy Boy découvrent le rock’n’roll avec Bill Haley ou Elvis Presley en même temps que les premiers juke-box. Ils idéalisent leurs modèles américains tout en préservant leurs origines. Cette première génération passée, une, seconde attirée par le rythm and blues noir américain prend le relais. Rapidement elle se démarque de son aînée en affirmant un goût prononcé pour le dandysme. Résolument modernes, ces jeunes gens qu’on appelle déjà les mods, vont rapidement faire tâche d’huile et séduire une jeunesse désireuse de se démarquer. Pour le week-end, coupe de cheveux sage très courte avec sur le côté la raie obligatoire, costumes italiens coupés sur mesure avec la chemise blanche à col rond de rigueur et des chaussures à bouts pointues. La semaine, Lewis 501 ultra serré, polo Fred Perry et Clark Hush Puppies, sans oublier une touche de rimmel et l’inséparable parka militaire de l’armée américaine protégeant le tout du smog londonien. Les filles ne sont pas en reste et arborent fièrement une minijupe aux dessins géométriques, un costume deux ou trois pièces, des bas sans couture, des talons aiguilles, un blazer court. Le maquillage, quant à lui, est plutôt sombre privilégiant un mascara agressif, des fards à paupières dans les tons mauves sur un visage le plus blême possible surmonté d’une coiffure « choucroute ». Enfin les mods ne seraient pas les mods sans leurs emblématiques Lambrettas et autres Vespas truffées d’un nombre incalculable de phares et de rétroviseurs ! Narcissiques, le mods adorent le tape-à-l’œil, le paraître et font de la société de consommation qui les a générés un art de vivre, privilégiant la nouveauté et la rareté. Leur goûts musicaux se tournent principalement vers la soul, le rythm’n’blues, le ska, refusant à tout prix le style des Teddy Boys. Comme un grand nombre de mouvements d’adolescent en quête de différence, les mods se radicalisent, forment des clans, touchent aux drogues, principalement les amphétamines, et sont considérés en peu de temps et à juste titre comme des gangs violents et incontrôlables. Leur violence est notamment dirigée contre les Rockers lesquels considèrent les mods comme de prétentieux efféminés. Il faut dire que les Rockers sont tout à l’opposé des Mods. Estampillés 100% rock’n’roll américain, ils sont vêtues de cuir, portent la banane et se déplace en grosses motos made in USA. Les deux clans se livrent à de véritables batailles de rue où la violence fait rage, où les armes blanches côtoient aussi bien les matraques que les hameçons en métal aiguisé. Les mods se forgent une réputation telle qu'ils sont souvent interdits dans certains bars et même magasins.

13Comme beaucoup de jeunes londonien, Jimmy, qui à 20 ans en 1964, est un Mod. Il vit dans une banlieue ouvrière de Londres chez ses parents et occupe un petit emploi minable dans une agence de publicité. Son quotidien l’ennuie profondément et il aspire à une autre vie plus en adéquation avec ses rêves. Aussi il n’attend qu’une chose, retrouver sa bande de copains pour écumer les bars, aller boire dans les « boom », draguer les filles, se défoncer au amphétamines. Ce n’est pas particulièrement un play-boy, il est plutôt malingre et ne se démarque pas particulièrement des autres. Pourtant, il aimerait qu’on le remarque, ou plutôt que la belle Steph daigne poser les yeux sur lui. Mais la belle, plutôt frivole, n’en a que faire. Aussi il va tout tenter pour attirer son attention. Il veut être un vrai mod, craint et respecté, ce qui à ses yeux, serait le seul moyen d’acquérir une certaine crédibilité. Petit à petit, il va se s’affirmer, se forger un personnage violent et imprévisible, semant la pagaille dans les soirées où il se rend, allant même avec ses copains jusqu’à braquer une pharmacie pour devenir « celui qu’il l’a fait », pour asseoir sa réputation de mod. Les bagarres avec les Rockers sont courantes et Jimmy devient de plus en plus instable.

Son heure de gloire, il l’espère toute proche lorsque toute la bande décide de passer le week-end au bord de la mer à Brighton où se déroule une gigantesque réunion de Mods. C’est une véritable horde de scooter qui prend donc la route de la jolie station balnéaire. En chemin, ils croisent cependant leurs ennemis préférés, les Rockers qui, chevauchant leurs puissantes motos, se moquent de ces mods aux allures efféminées sur leurs ridicules Lambrettas poussives. L’une d’entre elle finira d’ailleurs par quitter la route sous la pression des motards en blouson de cuir… Un incident parmi tant d’autres. Enfin arrivée à Brighton, la petite bande retrouve un nombre impressionnant de Mods déambulant dans la ville, tous présents pour danser, boire, draguer, se défoncer, faire la fête. Tous se retrouvent le soir même dans une immense boîte de nuit. 7Chacun est bien évidemment auparavant passé chez le tailleur pour avoir les fringues les plus classes. Malheureusement pour Jimmy, il se rend rapidement compte qu’il n’a guère de chances d’être au dessus du lot et d’attirer le regard de Steph. La belle n’a d’yeux que pour Ace, un grand blond qui ne passe pas inaperçu dans son costume très voyant, son look de frimeur et sa façon de danser. Manifestement l’As est l’attraction de la soirée. Alors que Stpeh tourne autour du blondinet, Jimmy en rage, décide de se rendre sur le patio qui surplombe la piste de danse, monte sur une balustrade et commence à se trémousser comme un damné afin que tout le monde puisse le voir. Il veut marquer la soirée par sa présence. Lorsqu’intervient le service d’ordre pour l’en faire descendre, il plonge dans la foule des danseurs avant de se faire expulser manu militari. Il finira la soirée, seul sur la plage, à ruminer sa rancœur. Au petit matin il retrouve la bande dans un café. Il est plutôt décomposé et de fort mauvaise humeur. C’est alors qu’entrent dans le bar, les mêmes rockers qui, la veille, les avaient provoqués. Dès lors tout va très vite. Les coups commencent à pleuvoir et rapidement l’altercation tourne en bagarre générale. Le café est saccagé. C’est alors le début d’une véritable émeute dans les rues et sur la plage de Brighton. Les Rockers, peu nombreux, sont littéralement laminés par une meute de Mods emplie de haine quand soudain interviennent de tout côté les forces de l’ordre. C’est alors une véritable bataille rangée. L’incident tourne à l’émeute et les Mods font bloc. Ils marchent solidaires et fières scandant leur cri de guère « We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! ». Jimmy est au premier rang, les yeux gorgés de haine, avec à ses côtés, la belle Steph. L’affrontement entre les Mods et la police est d’une violence incroyable et Jimmy s’en donne à cœur joie. Cependant pris dans étau, Jimmy trouve un échappatoire et parvient à trouver refuge dans une ruelle où il va se cacher en compagnie de Steph. Enfin il l’a tient… Enfin elle est à lui. Prise par l’excitation de la situation elle se laisse faire, accepte les avances de Jimmy et se donne à lui. Remonté à bloc, Jimmy est au comble du bonheur ! La situation semblant plus calme, ils décident de sortir de leur cachette. Dans la rue, tout n’est que désolation, vitrines cassées, magasins dévastés. Au coin d’une rue, Jimmy est cependant rattrapé par la police et se retrouve en fourgon cellulaire. Là il retrouve Ace qui comme lui s’est fait arrêté. Sans attendre ils passent comparution immédiate au tribunal. Jimmy est fasciné par Ace qui la joue grand seigneur devant le juge arborant fièrement un porte feuille bien garni pour payer l’amande considérable qui lui est infligé.

3De retour à Londres, Jimmy retrouve Steph dans les bras de son meilleur ami. Pour lui, tout s’écroule. Il entre alors en conflit avec sa bande, avec sa famille et notamment son père au courrant de son escapade violente à Brighton. Il se « charge » aux amphétamines et décide de repartir pour Brighton, seul lieu où il a été, l’espace de quelques heures, un vrai Mods. Il veut retrouver cette ambiance, retrouver celui qui l’a marqué, retrouver son idole, Ace. Il veut être Ace ! Sur la promenade qui longe la plage de Brighton, il ne reste aucune trace de ces émeutes. Tout est calme. Soudain, à la porte d’un grand hôtel de luxe qui jouxte la mer, il aperçoit celui qui l’avait tant fasciné. Malheureusement, le charisme et la prestance du beau blond sont loin d’être à la hauteur de ce que Jimmy pouvait imaginer. En semaine, Ace n’est qu’un vulgaire groom, affublé d’un ridicule costume rouge qui porte les valises de riches vacanciers. Jimmy est déçu, dégoûté, écœuré. Tout n’était que supercherie. Tout n’était qu’une façade. Tout n’était que leurres. Les Mods ne sont rien et leur idéologie n’est que du vent. Dans un ultime besoin de vengeance, il dérobe le superbe scooter chromé d’Ace, symbole de la fierté Mods et s’en va rouler le long des superbes falaises qui longent la mer… Son rêve Mods, cette fameuse "A Way of Life", il veut tout détruire…

Après « Tommy », « Quadrophenia » est le deuxième concept-album des Who adapté au cinéma. Et si la musique y tient une grande place grâce à sa superbe bande son (on y retrouve une majorité des titres de l’album ainsi que des standards de l’époque comme James Brown, les Kingsmen, Booker T & the MG's, The Cascades, The Chiffons, The Ronettes et The Crystals) il ne s’agit là nullement comme dans « Tommy » d’une simple mise en image de l’album. « Quadrophenia » est un film à part entière et non un opéra-rock ou un film musical. Sobre et efficace, « Quadrophenia » dépeint avec justesse la société anglaise des sixties avec sa rage, sa violence et ses excès. L’ambiance si particulière y est magnifiquement retranscrite et les personnages sont remarquablement interprétés. Phil Daniels, dans le rôle principale de Jimmy, n’a rien d’un héros. Ce n’est qu’un looser, révolté et perdu en manque d’identité. Sting (Ace) est parfait dans la peau du frimeur du dimanche. Leslie Ash (Steph) plante une jeune et jolie allumeuse briseuse de cœur et Toyah Wilcox (Monkey) une amoureuse transie désespérée de voir son Jimmy se détruire. Mark Winget (Dave), Philip Davis (Chalky) et Garry Cooper (Pete) achèvent cette galerie de personnages hauts en couleurs. Réalisé par Franc Roddam en 1979, « Quadrophenia » est une fidèle peinture poignante et réaliste du « Swingin London » des 60’s sublimé par un jeu d’acteurs impeccable et une bande son sans faille. La scène finale avec le superbe « Love, reign o’ver me » est tout simplement un grand moment d’anthologie.

2

« Quandrophenia » n’est pas une simple fiction, bien au contraire. Il est le témoignage fidèle d’une époque trouble de l’Angleterre. Les émeutes de Brighton retracent avec justesse les heurts qui se sont déroulés en mai 64, lorsque qu’une horde de Mods ont jeté, du haut de la digue surplombant la page, deux rockers, déclenchant une bagarre générale qui fit la une de tous les journaux anglais et même français : Paris-Match en avait d’ailleurs largement parlé. Plus de 2 millions de jeunes anglais étaient répertoriés comme Mods par le ministère de l’intérieur de sa gracieuse majesté !


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La bande annonce du film (en vo)

Posté par souffle mots à 13:57 - Critiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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