Souffle-Parallèle

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14 octobre 2008

Choisir la vie

trainspotting1"Choisir la vie... Choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques... Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survet' et le sac qui va avec. Choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissu de merde... Choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de sa vie. Choisir de s'affaler sur ce putain de canapé, et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo. Choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondus pour qu'ils prennent le relais. Choisir son avenir... Choisir la vie. Pourquoi je ferais une chose pareille ? J'ai choisi de ne pas choisir la vie. J'ai choisi autre chose. Les raisons ? Y'a pas de raison. On n'a pas besoin de raisons quand on a l'héroïne."

Ces premiers mots de Mark Renton, scandés comme un slam monocorde installent en quelques minutes le malaise ambiant. Mark Renton vit à Edimbourg, une des nombreuses banlieues écossaises ravagées par le chômage et la crise économique. Désœuvré et sans idéal, il vivote avec ses compagnons d'infortune tuant l'ennui et le temps à coup d'héroïne. Entre délinquance et menus larcins leur vie s'enfonce petit à petit dans une dépendance autodestructrice inexorable. Tour à tour psychopathe, violent, pathétique, en décalage complet avec la société, chacun révèle une personnalité tourmentée rongée par les excès d'alcool et de dope. Entre deux délires toxicos où le seul but est d'atteindre l'orgasme suprême et la recherche perpétuelle d'argent et de sensation toujours plus forte, ces jeunes écossais désœuvrés tentent de trouver des réponses à cette société conservatrice, sans espoir, sans rêve, sans rien à leur offrir d'autre que cette échappatoire dérisoire dans laquelle ils plongent sans retenue. Pourtant même dans le pire des enfers subsiste une faible lueur de salut. C'est cette lueur qui va conduire Mark Renton, sans doute le plus lucide de tous, à vouloir s'échapper de ce bourbier. Après une première tentative qui finira lamentablement dans les toilettescrasseuses d'un pub minable où il fera le plus horrible des "bad trip" - ce qui donne lieu à une scène d'anthologie remarquable - il suivra de force une cure de désintoxication avant de s'exiler pour Londres. Ayant trouvé un travail stable, il commence une nouvelle vie, loin d'Edimbourg, loin de la came, loin de ses ex amis. C'est du moins ce qu'il croit, jusqu'à ce que son passé le rattrape comme un cancer incurable.

trainspotting8Sans concession, Danny Boyle, le réalisateur entre autres de "Petits Meurtres entre amis" filme cette longue descente aux enfers alternant humour anglais et drame de la banalité. Car le tour de force de ce film n'est pas de faire l'apologie de la drogue, mais bien de la décrire telle qu'elle est, avec ses moments de bonheurs artificiels et ses horreurs bien réelles. Il décrit à merveille le cercle vicieux dans lequel s'enferme l'héroïnomane. Ce combat intérieur que doit mener celui qui veut en décrocher et qui doit s'exclure lui-même de ses amis pour affronter une solitude insupportable exaspérée par le manque. La conjugaison des deux l'enfonce un peu plus encore dans la souffrance physique et psychologique, ce qui le pousse invariablement à replonger de nouveaux pour alléger sa douleur. Boyle dépeint cet univers sans jamais sombrer dans le grotesque, le misérabilisme ou le cliché. Même si parfois certaines scènes peuvent paraître excessives, elles ne sont là que pour dénoncer de manière forte et marquante la misère sociale où tentent de survivre ces naufragés du « tatcherisme ». Sa caméra se promène au milieu des immondices de la vie, imprégnant sa pellicule de ce cauchemar semi-éveillé dont on sort marqué à tout jamais. Le rythme du film accentue les différentes phases de dépendance de Mark, nous faisant vivre de l'intérieur ses moments d'excitation de début de shoot de façon rapide et violente et les instants où il plane voir même où il délire complètement avec des images lentes, aériennes et finalement effrayantes. Une frayeur qui sombre véritablement dans l'horreur, lorsque Boyle ponctue ces voyages psychotiques d'images chocs qui nous font retomber bien vite dans la réalité. Celle du bébé de l'une de leurs amies, marchant à quatre pattes au milieu de ces junkies, en est certainement l'exemple le plus frappant.

trainspotting3Et les images défilent à vive allure comme un contrepoids à la léthargie ambiante du début des années 80 dans cette Ecosse sans gloire complexée vis à vis de l'Angleterre. La vie de ces délinquants, à l'image de leur pays, est un renoncement à vouloir être. Ils fuient la réalité et sont résignés comme l'est l'Ecosse contrainte à n'être qu'une banlieue sordide de l'Angleterre. Subtil mélange de désespoir et d'humour, l'histoire qu'il nous conte, simple et cruellement banale demeure un témoignage poignant et douloureux d'une société à l'agonie qui n'a pas su peindre d'arc-en-ciel dans l'horizon brumeux de ses enfants. Mark et ses compères nagent en pleines contradictions. Refusant un quotidien dépourvu de toute sécurité d'avenir, ils plongent à corps perdus dans une addiction bien moins prometteuse. Alors que le chômage gangrène le pays, ils torpillent de façon radicale les rares entretiens d'embauche obligatoires pour toucher leurs allocations. La scène où Spud se "vend", face à un employeur potentiel médusé, est explosive ! Mais bien qu'ils refusent cette société, ils en acceptent pourtant son fonctionnement ne serait-ce qu'en allant toucher les aides qu'elle leur offre, les transformant en assistés oisifs incapables de s'en sortir seuls. On retrouve là une critique plus large de l'Ecosse qui, placée sous le joug de l'Angleterre depuis plusieurs siècles, n'en revendique pas moins le droit à l'indépendance, sans être capable d'engager la moindre démarche constructive. La déclaration de Mark à ce sujet est sans appel : "Mais c'est une punition d'être Écossais ! On est les plus nuls des plus nuls ! Le rebut de l'humanité! Le peuple écossais c'est de la merde, la plus asservie la plus pitoyable qui ait jamais été chiée depuis que la terre existe! Ici la plupart des gens haïssent les Anglais, je regrette c'est seulement des connards. Alors que nous on est colonisé par des connards. On n'a pas été capable d'être colonisés par une race supérieure. On est gouverné par des balais à chiottes. C'est le trou du cul du monde ce pays Tommy !". Alors, la tentative de rédemption de Mark est-elle, peut être, une réponse pleine d'espoir à tous ceux qui se sentent exclus.

trainspotting6Révélé sur la BBC par la sublime et détonante série en six épisodes de Dennis Potter « Lipstick on Your Collar » (diffusée sur Arte il y a une dizaine d'années), Ewan McGregor incarne à merveille, dans ce qui est son premier grand rôle au cinéma, Mark Renton ce jeune écossais au sortir de l'adolescence avec ses doutes, ses excès, perdu, en manque de repère, un peu à la manière de Vincent Cassel dans le film de Mathieu Kassovitz "La Haine". On retiendra aussi Robert Carlyle, qu'on retrouvera en meneur de Chippendale dès 1997 à l'affiche du génial "The Full Monty", dans le rôle de Begbie, un alcoolique psychopathe, le seul à échapper aux ravages de la drogue pour sombrer... dans ceux de l'alcool ! Ewen Bremner "Spud", Jonny Lee Miller "Sick Boy" et Kevin McKidd "Tommy" achèvent cette remarquable galerie d'acteurs.

Considéré par certains comme l'"Orange Mécanique" des années 90, "Trainspotting" s'il peut choquer, s'il témoigne d'une violence certaine, est cependant radicalement différent de son aîné même s'il y fait parfois références. Quand Stanley Kubrick choisit plutôt un décor moderne voire futuriste pour l'époque, Danny Boyle installe sa caméra dans un passé proche toujours d'actualité. Quand Kubrick grime Alex et ses trois droogies, Boyle n'use d'aucun artifice et nous présente véritablement des "gueules". Quand "Orange Mécanique" dénonce la violence d'une certaine jeunesse huppée et décadente en manque de sensation, "Trainspotting" relate le désœuvrement d'adolescents, sans le sous, démotivés et sans ambition. D'un côté la violence gratuite comme moyen d'expression, de l'autre comme preuve de survie. Et lorsque Kubrick accompagne son film d'un étonnant mélange de musiques classiques, Beethoven, Purcell, Rossini et d'autres, revisitées par le compositeur d'avant garde Wendy Carlos, qui ré-interprète ces oeuvres au synthétiseur (une première pour l'époque!), Danny Boyle nous offre une bande-son explosive et éclectique où se côtoient Iggy Pop, Brian Eno, New Order, Blur, Elastica, Pulp ou encore Lou Reed !

Bien sûr, Danny Boyle n'est pas Stanley Kubrick, il ne cherche pas à l'être d'ailleurs. Il a ses propres codes, sa propre vision et son cinéma plonge dans les méandres d'une réalité bien quotidienne quitte à effrayer les bien-pensants.

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28 septembre 2008

Annie, Evelyn, Dolores et les autres

doloresLorsqu'on découvre Annie Wilkes, une insignifiante infirmière sans prétention, le personnage paraît de suite sympathique. Incarnant parfaitement la femme simple, sans strass, sans prétention, elle ne se distingue en rien de votre voisine de palier. Elle n'a ni le physique d'un top model, ni la classe prétentieuse d'une star hollywoodienne. Elle est de celles qui se fondent dans la foule sans que personne ne la remarque. Elle ne cherche pas à se démarquer, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

Evelyn Couch, pour sa part, est une femme de la middle class américaine. Une parfaite femme d'intérieur que son mari ne regarde même plus tant elle fait partie du décor. Malgré ses efforts pour tenter de ranimer cette lueur d'amour, elle reste seule, des journées entières à attendre que son homme revienne du bureau. C'est une femme dans la quarantaine sans véritable plaisir, sans passion particulière, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

La vie de Dolores Clairborne n'est guère plus excitante. Recluse dans une campagne perdue, elle n'est qu'une pauvre femme de ménage chez une vieille rentière aigrie. Dolores n'attend rien de particulier, elle vit au jour le jour son existence morose de femme seule, avec ses doutes et ses fantômes. Juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Annie, Evelyn et Dolores sont trois femmes que rien ne semble pouvoir sortir de la banalité de leurs conditions. Ce sont des femmes sans envergure, sans ambition, des femmes non pas déçues de la vie, mais résignées de n'être qu'elles-mêmes, de n'être rien que des femmes au quotidien sans surprise.

Pourtant lorsque Annie vient en aide au célèbre romancier Paul Sheldon, son visage si jovial reflète soudain des traits bien inquiétants. Et quand Evelyn rencontre l'octogénaire Ninny Threadgoode, sa vie va prendre un tournant radical ! Quant à Dolores, rapidement soupçonnée de meurtre, elle va se révéler une femme incroyable qui tente désespérément de survivre aux démons de son passé.

misery1Ces trois femmes en fait n'en sont qu'une et une seule. Elles sont quelque uns des multiples visages qu'incarne une autre femme. Une femme sublime, émouvante, qui sait être à la fois pathétique et inquiétante. Une femme qui incarne aussi bien la tendresse maladroite, le désespoir total, le mystère le plus obscur, voire le ridicule ou la folie. Qu'elle se transforme en psychopathe démoniaque, en visiteuse attendrie de maison de retraite ou en veuve désabusée, elle reste une femme exceptionnelle qui multiplie les métamorphoses avec une aisance déconcertante sans jamais se dévoyer, en conservant cette personnalité à la fois fragile et forte. Cette femme est un caméléon, une funambule qui jongle avec les personnages qu'elle incarne comme personne. Cette femme vous la connaissez. Vous l'avez déjà vue, mainte et mainte fois, aux côtés de Warren Beatty et Madonna dans "Dick Tracy" ou avec l'immense Jack Nicholson dans l'inénarrable "Monsieur Schmitt". Elle était aussi Molly Brown dans "Titanic". Mais avant tout elle était la terrifiante Annie Wilkes dans "Misery", l'attendrissante Evelyn Couch dans le sublime "Beignets de tomates vertes" et la troublante et mystérieuse Dolores Clairborne dans le film du même nom.

Actrice aux multiples talents, Kathy Bates fait partie de ces comédiens qui, bien que toujours discrets, presque effacés, crèvent l'écran par leurs interprétations magistrales. Qu'elle assure des seconds rôles ou qu'elle soit la tête d'affiche, les prestations de Kathy Bates sont toujours admirables. Elle s'approprie les personnages qu'on lui propose et leur donne une dimension surprenante qui ne laisse jamais indifférent. Un peu à l'image d'un Morgan Freeman, Kathy Bates a une prestance incomparable qui illumine l'écran. Chacune de ses apparitions marque le spectateur tant elle envahit la scène de sa présence naturelle. Elle n'a pourtant rien de la star  "bankables" siliconée, rien de la jeune première qui ne doit sa notoriété qu'à ses frasques matrimoniales qui font la première des tabloïds. Sa reconnaissance elle ne le doit qu'à son travail, à son jeu toujours impressionnant et magistral. Loin des canons habituels de la beauté, elle assure ses rondeurs avec élégance et grâce et prouve qu'il n'est pas utile d'être un top model pour avoir du charme. Ses formes elle en fait un atout  et les exploite au mieux pour incarner les différents personnages qui lui sont confiés. Grâce à son physique, elle personnalise à merveille la femme qu'on croise tous les jours, ce qui rend ses personnages on ne peut plus crédibles et véritablement humains. Ainsi lorsque Annie Wilkes au comble de sa folie torture le pauvre Paul Sheldon, quand cette femme aux apparences fragiles brise avec une violence inouïe mélangée à d'une délectation certaine, les jambes de l'écrivain prisonnier, on ne peut qu'être impressionné ! Comment une femme si touchante, si émouvante, peut-elle se transformer en véritable psychopathe prête aux pires violences pour assouvir sa passion démesurée ?

beignetspetitElle est encore plus attendrissante lorsqu'elle se prend d'amitié pour Ninny cette vielle femme aux talents de conteuse intarissable qui relate la superbe histoire d'amitié qui liait la frêle Ruth et la masculine Idgie quelque part dans les années 30. Ses efforts dérisoires pour tenter de reconquérir son homme rivé à la télé, sa boulimie de sucreries pour tromper son ennui, son look de ménagère bourgeoise frustrée criant de vérité sont aussi bouleversants que ridicules, mais tellement prenants et réalistes !

Que dire de Dolores ? Ce personnage lui sied à merveille. Terrée dans sa noirceur, enfermée dans sa rancœur, sa misère et ses mystères, vivant chichement dans une masure délabrée, elle devra affronter les soupçons d'un inspecteur tenace et surtout le retour inattendu de sa fille Selena, une brillante journaliste new-yorkaise pour le moins en décalage avec l'existence taciturne de sa mère. Une confrontation poignante entre deux mondes différents en totale rupture affective.


Récompensée entre autres, par un Oscar et un Golden Globe pour son rôle dans "Misery" et nommée pour l’Oscar du meilleur second rôle pour "Primary Colors" et "Monsieur Schmidt", Kathy Bates est une valeur sûre du cinéma américain reconnue internationalement. Depuis 1971 où elle joua son premier rôle dans "Takin Off" de Milos Forman après un début de carrière au théâtre, elle n'a cessé de tourner avec les plus grands dans plus de 50 films sans compter un nombre non négligeable de téléfilms.

Membre de "the Academy Awards", cette boulimique de cinéma s'est lancée depuis 1995 à la réalisation, signant notamment quelques épisodes de "Six Feet Under" et participant aux séries  "NYPD Blue" et "Oz". Elle a réalisé aussi deux téléfilms, dont "Dash and Lily" avec Sham Shepard qui sera cité 9 fois aux Emmy Award et 3 fois au Golden Globe, ainsi que le film « Bonneville » avec Jessica Lange.

Allez découvrir Kathy Bates, laissez-vous séduire par cette femme pas tout à fait anonyme mais qui mène tout de même une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Monsieur_schmidtpetit

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03 mai 2008

Mods de vie

« We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! »

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1Il faut remonter aux années cinquante pour voir naître en Angleterre le premier phénomène de bandes de jeunes liés par une même identité musicale. A cette époque, ceux que l’on nomme alors les Teddy Boy découvrent le rock’n’roll avec Bill Haley ou Elvis Presley en même temps que les premiers juke-box. Ils idéalisent leurs modèles américains tout en préservant leurs origines. Cette première génération passée, une, seconde attirée par le rythm and blues noir américain prend le relais. Rapidement elle se démarque de son aînée en affirmant un goût prononcé pour le dandysme. Résolument modernes, ces jeunes gens qu’on appelle déjà les mods, vont rapidement faire tâche d’huile et séduire une jeunesse désireuse de se démarquer. Pour le week-end, coupe de cheveux sage très courte avec sur le côté la raie obligatoire, costumes italiens coupés sur mesure avec la chemise blanche à col rond de rigueur et des chaussures à bouts pointues. La semaine, Lewis 501 ultra serré, polo Fred Perry et Clark Hush Puppies, sans oublier une touche de rimmel et l’inséparable parka militaire de l’armée américaine protégeant le tout du smog londonien. Les filles ne sont pas en reste et arborent fièrement une minijupe aux dessins géométriques, un costume deux ou trois pièces, des bas sans couture, des talons aiguilles, un blazer court. Le maquillage, quant à lui, est plutôt sombre privilégiant un mascara agressif, des fards à paupières dans les tons mauves sur un visage le plus blême possible surmonté d’une coiffure « choucroute ». Enfin les mods ne seraient pas les mods sans leurs emblématiques Lambrettas et autres Vespas truffées d’un nombre incalculable de phares et de rétroviseurs ! Narcissiques, le mods adorent le tape-à-l’œil, le paraître et font de la société de consommation qui les a générés un art de vivre, privilégiant la nouveauté et la rareté. Leur goûts musicaux se tournent principalement vers la soul, le rythm’n’blues, le ska, refusant à tout prix le style des Teddy Boys. Comme un grand nombre de mouvements d’adolescent en quête de différence, les mods se radicalisent, forment des clans, touchent aux drogues, principalement les amphétamines, et sont considérés en peu de temps et à juste titre comme des gangs violents et incontrôlables. Leur violence est notamment dirigée contre les Rockers lesquels considèrent les mods comme de prétentieux efféminés. Il faut dire que les Rockers sont tout à l’opposé des Mods. Estampillés 100% rock’n’roll américain, ils sont vêtues de cuir, portent la banane et se déplace en grosses motos made in USA. Les deux clans se livrent à de véritables batailles de rue où la violence fait rage, où les armes blanches côtoient aussi bien les matraques que les hameçons en métal aiguisé. Les mods se forgent une réputation telle qu'ils sont souvent interdits dans certains bars et même magasins.

13Comme beaucoup de jeunes londonien, Jimmy, qui à 20 ans en 1964, est un Mod. Il vit dans une banlieue ouvrière de Londres chez ses parents et occupe un petit emploi minable dans une agence de publicité. Son quotidien l’ennuie profondément et il aspire à une autre vie plus en adéquation avec ses rêves. Aussi il n’attend qu’une chose, retrouver sa bande de copains pour écumer les bars, aller boire dans les « boom », draguer les filles, se défoncer au amphétamines. Ce n’est pas particulièrement un play-boy, il est plutôt malingre et ne se démarque pas particulièrement des autres. Pourtant, il aimerait qu’on le remarque, ou plutôt que la belle Steph daigne poser les yeux sur lui. Mais la belle, plutôt frivole, n’en a que faire. Aussi il va tout tenter pour attirer son attention. Il veut être un vrai mod, craint et respecté, ce qui à ses yeux, serait le seul moyen d’acquérir une certaine crédibilité. Petit à petit, il va se s’affirmer, se forger un personnage violent et imprévisible, semant la pagaille dans les soirées où il se rend, allant même avec ses copains jusqu’à braquer une pharmacie pour devenir « celui qu’il l’a fait », pour asseoir sa réputation de mod. Les bagarres avec les Rockers sont courantes et Jimmy devient de plus en plus instable.

Son heure de gloire, il l’espère toute proche lorsque toute la bande décide de passer le week-end au bord de la mer à Brighton où se déroule une gigantesque réunion de Mods. C’est une véritable horde de scooter qui prend donc la route de la jolie station balnéaire. En chemin, ils croisent cependant leurs ennemis préférés, les Rockers qui, chevauchant leurs puissantes motos, se moquent de ces mods aux allures efféminées sur leurs ridicules Lambrettas poussives. L’une d’entre elle finira d’ailleurs par quitter la route sous la pression des motards en blouson de cuir… Un incident parmi tant d’autres. Enfin arrivée à Brighton, la petite bande retrouve un nombre impressionnant de Mods déambulant dans la ville, tous présents pour danser, boire, draguer, se défoncer, faire la fête. Tous se retrouvent le soir même dans une immense boîte de nuit. 7Chacun est bien évidemment auparavant passé chez le tailleur pour avoir les fringues les plus classes. Malheureusement pour Jimmy, il se rend rapidement compte qu’il n’a guère de chances d’être au dessus du lot et d’attirer le regard de Steph. La belle n’a d’yeux que pour Ace, un grand blond qui ne passe pas inaperçu dans son costume très voyant, son look de frimeur et sa façon de danser. Manifestement l’As est l’attraction de la soirée. Alors que Stpeh tourne autour du blondinet, Jimmy en rage, décide de se rendre sur le patio qui surplombe la piste de danse, monte sur une balustrade et commence à se trémousser comme un damné afin que tout le monde puisse le voir. Il veut marquer la soirée par sa présence. Lorsqu’intervient le service d’ordre pour l’en faire descendre, il plonge dans la foule des danseurs avant de se faire expulser manu militari. Il finira la soirée, seul sur la plage, à ruminer sa rancœur. Au petit matin il retrouve la bande dans un café. Il est plutôt décomposé et de fort mauvaise humeur. C’est alors qu’entrent dans le bar, les mêmes rockers qui, la veille, les avaient provoqués. Dès lors tout va très vite. Les coups commencent à pleuvoir et rapidement l’altercation tourne en bagarre générale. Le café est saccagé. C’est alors le début d’une véritable émeute dans les rues et sur la plage de Brighton. Les Rockers, peu nombreux, sont littéralement laminés par une meute de Mods emplie de haine quand soudain interviennent de tout côté les forces de l’ordre. C’est alors une véritable bataille rangée. L’incident tourne à l’émeute et les Mods font bloc. Ils marchent solidaires et fières scandant leur cri de guère « We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! ». Jimmy est au premier rang, les yeux gorgés de haine, avec à ses côtés, la belle Steph. L’affrontement entre les Mods et la police est d’une violence incroyable et Jimmy s’en donne à cœur joie. Cependant pris dans étau, Jimmy trouve un échappatoire et parvient à trouver refuge dans une ruelle où il va se cacher en compagnie de Steph. Enfin il l’a tient… Enfin elle est à lui. Prise par l’excitation de la situation elle se laisse faire, accepte les avances de Jimmy et se donne à lui. Remonté à bloc, Jimmy est au comble du bonheur ! La situation semblant plus calme, ils décident de sortir de leur cachette. Dans la rue, tout n’est que désolation, vitrines cassées, magasins dévastés. Au coin d’une rue, Jimmy est cependant rattrapé par la police et se retrouve en fourgon cellulaire. Là il retrouve Ace qui comme lui s’est fait arrêté. Sans attendre ils passent comparution immédiate au tribunal. Jimmy est fasciné par Ace qui la joue grand seigneur devant le juge arborant fièrement un porte feuille bien garni pour payer l’amande considérable qui lui est infligé.

3De retour à Londres, Jimmy retrouve Steph dans les bras de son meilleur ami. Pour lui, tout s’écroule. Il entre alors en conflit avec sa bande, avec sa famille et notamment son père au courrant de son escapade violente à Brighton. Il se « charge » aux amphétamines et décide de repartir pour Brighton, seul lieu où il a été, l’espace de quelques heures, un vrai Mods. Il veut retrouver cette ambiance, retrouver celui qui l’a marqué, retrouver son idole, Ace. Il veut être Ace ! Sur la promenade qui longe la plage de Brighton, il ne reste aucune trace de ces émeutes. Tout est calme. Soudain, à la porte d’un grand hôtel de luxe qui jouxte la mer, il aperçoit celui qui l’avait tant fasciné. Malheureusement, le charisme et la prestance du beau blond sont loin d’être à la hauteur de ce que Jimmy pouvait imaginer. En semaine, Ace n’est qu’un vulgaire groom, affublé d’un ridicule costume rouge qui porte les valises de riches vacanciers. Jimmy est déçu, dégoûté, écœuré. Tout n’était que supercherie. Tout n’était qu’une façade. Tout n’était que leurres. Les Mods ne sont rien et leur idéologie n’est que du vent. Dans un ultime besoin de vengeance, il dérobe le superbe scooter chromé d’Ace, symbole de la fierté Mods et s’en va rouler le long des superbes falaises qui longent la mer… Son rêve Mods, cette fameuse "A Way of Life", il veut tout détruire…

Après « Tommy », « Quadrophenia » est le deuxième concept-album des Who adapté au cinéma. Et si la musique y tient une grande place grâce à sa superbe bande son (on y retrouve une majorité des titres de l’album ainsi que des standards de l’époque comme James Brown, les Kingsmen, Booker T & the MG's, The Cascades, The Chiffons, The Ronettes et The Crystals) il ne s’agit là nullement comme dans « Tommy » d’une simple mise en image de l’album. « Quadrophenia » est un film à part entière et non un opéra-rock ou un film musical. Sobre et efficace, « Quadrophenia » dépeint avec justesse la société anglaise des sixties avec sa rage, sa violence et ses excès. L’ambiance si particulière y est magnifiquement retranscrite et les personnages sont remarquablement interprétés. Phil Daniels, dans le rôle principale de Jimmy, n’a rien d’un héros. Ce n’est qu’un looser, révolté et perdu en manque d’identité. Sting (Ace) est parfait dans la peau du frimeur du dimanche. Leslie Ash (Steph) plante une jeune et jolie allumeuse briseuse de cœur et Toyah Wilcox (Monkey) une amoureuse transie désespérée de voir son Jimmy se détruire. Mark Winget (Dave), Philip Davis (Chalky) et Garry Cooper (Pete) achèvent cette galerie de personnages hauts en couleurs. Réalisé par Franc Roddam en 1979, « Quadrophenia » est une fidèle peinture poignante et réaliste du « Swingin London » des 60’s sublimé par un jeu d’acteurs impeccable et une bande son sans faille. La scène finale avec le superbe « Love, reign o’ver me » est tout simplement un grand moment d’anthologie.

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« Quandrophenia » n’est pas une simple fiction, bien au contraire. Il est le témoignage fidèle d’une époque trouble de l’Angleterre. Les émeutes de Brighton retracent avec justesse les heurts qui se sont déroulés en mai 64, lorsque qu’une horde de Mods ont jeté, du haut de la digue surplombant la page, deux rockers, déclenchant une bagarre générale qui fit la une de tous les journaux anglais et même français : Paris-Match en avait d’ailleurs largement parlé. Plus de 2 millions de jeunes anglais étaient répertoriés comme Mods par le ministère de l’intérieur de sa gracieuse majesté !


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La bande annonce du film (en vo)

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