12 octobre 2008
Nico « The Marble Index »
J’imagine que pour la plupart d’entre vous le nom de Nico n’évoque pas grand chose. Et pourtant … Née en 1938 à Cologne, Christa Päffgen fut, dans les 50/60, mannequin pour les plus grandes revues de mode avant de travailler pourr Coco Chanel. Le cinéma lui ouvre ses portes et la voilà aux cotés de Fellini dans « la Dolce Vita ». Elle rencontre alors Alain Delon qu’il lui donnera un fils. Puis elle part en 66 aux USA où elle sera remarquée par Andy Warhol qui l’impose comme chanteuse au sein du « cultissime » groupe Velvet Underground. Groupe qu’elle quittera dès 1967 non sans avoir signé, de sa voix si particulière, le classique premier album de la bande à Lou Reed, avec qui elle aura une courte relation. Ses amours sont d’ailleurs particulièrement tumultueuses et on lui reconnaît des relations avec, excusez du peu, John Cale, Jim Morrison, Iggy Pop, Jackson Browne, Brian Jones ou encore Tim Buckley. Dire que Nico a vécu avec les plus grandes légendes du rock sixties est une évidence. Curieusement, jamais elle n’aura profité de la célébrité de ses illustres amants, loin de là. Elle préfèrera rester dans l’ombre et ciseler son œuvre anti-commerciale et indépendante.
« The Marble Index », sorti en 1969, est une pure merveille de désespoir. Glacial, effrayant, chaotique. Seule à l’harmonium électrique, Nico, déchirante d’émotion, psalmodie ses textes de sa voix grave et ténébreuse. Dès les premières notes on se sent transporté dans un autre monde hanté par d’étranges créatures fantasmagoriques… Un lieu insoupçonné, irréel, peuplé de fantômes impalpables. La musique de Nico est à des années lumières, blafardes forcément, de tout ce que le rock a produit. Aujourd’hui encore, personne n’est allé aussi loin dans cette démarche musicale déstructurée et envoûtante. D’un coup d’un seul elle a brisé les bases fondamentales du rock pour peaufiner une musique intemporelle, un long souffle déchirant, énigmatique, unique. Une oeuvre d’art inclassable, difficile, presque hermétique, mais si belle et puissante lorsqu’on parvient à en trouver la clef. Nico n’est pas une grande chanteuse, au contraire son chant est monocorde, monolithique même. Mais aucune autre voix ne saurait mieux interpréter ses compositions avec la gravité et la profondeur qui la caractérise. « The Marble Index » est un album fragile, déconcertant, magique, composé de parcelles d’âme tourmentée. Artiste atypique et attachante, Nico, décédée en 1988, nous a laissés en deux ou trois albums une œuvre majeure.
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