Souffle-Parallèle

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28 septembre 2008

Annie, Evelyn, Dolores et les autres

doloresLorsqu'on découvre Annie Wilkes, une insignifiante infirmière sans prétention, le personnage paraît de suite sympathique. Incarnant parfaitement la femme simple, sans strass, sans prétention, elle ne se distingue en rien de votre voisine de palier. Elle n'a ni le physique d'un top model, ni la classe prétentieuse d'une star hollywoodienne. Elle est de celles qui se fondent dans la foule sans que personne ne la remarque. Elle ne cherche pas à se démarquer, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

Evelyn Couch, pour sa part, est une femme de la middle class américaine. Une parfaite femme d'intérieur que son mari ne regarde même plus tant elle fait partie du décor. Malgré ses efforts pour tenter de ranimer cette lueur d'amour, elle reste seule, des journées entières à attendre que son homme revienne du bureau. C'est une femme dans la quarantaine sans véritable plaisir, sans passion particulière, elle est juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.

La vie de Dolores Clairborne n'est guère plus excitante. Recluse dans une campagne perdue, elle n'est qu'une pauvre femme de ménage chez une vieille rentière aigrie. Dolores n'attend rien de particulier, elle vit au jour le jour son existence morose de femme seule, avec ses doutes et ses fantômes. Juste une anonyme parmi tant d'autres, qui mène une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Annie, Evelyn et Dolores sont trois femmes que rien ne semble pouvoir sortir de la banalité de leurs conditions. Ce sont des femmes sans envergure, sans ambition, des femmes non pas déçues de la vie, mais résignées de n'être qu'elles-mêmes, de n'être rien que des femmes au quotidien sans surprise.

Pourtant lorsque Annie vient en aide au célèbre romancier Paul Sheldon, son visage si jovial reflète soudain des traits bien inquiétants. Et quand Evelyn rencontre l'octogénaire Ninny Threadgoode, sa vie va prendre un tournant radical ! Quant à Dolores, rapidement soupçonnée de meurtre, elle va se révéler une femme incroyable qui tente désespérément de survivre aux démons de son passé.

misery1Ces trois femmes en fait n'en sont qu'une et une seule. Elles sont quelque uns des multiples visages qu'incarne une autre femme. Une femme sublime, émouvante, qui sait être à la fois pathétique et inquiétante. Une femme qui incarne aussi bien la tendresse maladroite, le désespoir total, le mystère le plus obscur, voire le ridicule ou la folie. Qu'elle se transforme en psychopathe démoniaque, en visiteuse attendrie de maison de retraite ou en veuve désabusée, elle reste une femme exceptionnelle qui multiplie les métamorphoses avec une aisance déconcertante sans jamais se dévoyer, en conservant cette personnalité à la fois fragile et forte. Cette femme est un caméléon, une funambule qui jongle avec les personnages qu'elle incarne comme personne. Cette femme vous la connaissez. Vous l'avez déjà vue, mainte et mainte fois, aux côtés de Warren Beatty et Madonna dans "Dick Tracy" ou avec l'immense Jack Nicholson dans l'inénarrable "Monsieur Schmitt". Elle était aussi Molly Brown dans "Titanic". Mais avant tout elle était la terrifiante Annie Wilkes dans "Misery", l'attendrissante Evelyn Couch dans le sublime "Beignets de tomates vertes" et la troublante et mystérieuse Dolores Clairborne dans le film du même nom.

Actrice aux multiples talents, Kathy Bates fait partie de ces comédiens qui, bien que toujours discrets, presque effacés, crèvent l'écran par leurs interprétations magistrales. Qu'elle assure des seconds rôles ou qu'elle soit la tête d'affiche, les prestations de Kathy Bates sont toujours admirables. Elle s'approprie les personnages qu'on lui propose et leur donne une dimension surprenante qui ne laisse jamais indifférent. Un peu à l'image d'un Morgan Freeman, Kathy Bates a une prestance incomparable qui illumine l'écran. Chacune de ses apparitions marque le spectateur tant elle envahit la scène de sa présence naturelle. Elle n'a pourtant rien de la star  "bankables" siliconée, rien de la jeune première qui ne doit sa notoriété qu'à ses frasques matrimoniales qui font la première des tabloïds. Sa reconnaissance elle ne le doit qu'à son travail, à son jeu toujours impressionnant et magistral. Loin des canons habituels de la beauté, elle assure ses rondeurs avec élégance et grâce et prouve qu'il n'est pas utile d'être un top model pour avoir du charme. Ses formes elle en fait un atout  et les exploite au mieux pour incarner les différents personnages qui lui sont confiés. Grâce à son physique, elle personnalise à merveille la femme qu'on croise tous les jours, ce qui rend ses personnages on ne peut plus crédibles et véritablement humains. Ainsi lorsque Annie Wilkes au comble de sa folie torture le pauvre Paul Sheldon, quand cette femme aux apparences fragiles brise avec une violence inouïe mélangée à d'une délectation certaine, les jambes de l'écrivain prisonnier, on ne peut qu'être impressionné ! Comment une femme si touchante, si émouvante, peut-elle se transformer en véritable psychopathe prête aux pires violences pour assouvir sa passion démesurée ?

beignetspetitElle est encore plus attendrissante lorsqu'elle se prend d'amitié pour Ninny cette vielle femme aux talents de conteuse intarissable qui relate la superbe histoire d'amitié qui liait la frêle Ruth et la masculine Idgie quelque part dans les années 30. Ses efforts dérisoires pour tenter de reconquérir son homme rivé à la télé, sa boulimie de sucreries pour tromper son ennui, son look de ménagère bourgeoise frustrée criant de vérité sont aussi bouleversants que ridicules, mais tellement prenants et réalistes !

Que dire de Dolores ? Ce personnage lui sied à merveille. Terrée dans sa noirceur, enfermée dans sa rancœur, sa misère et ses mystères, vivant chichement dans une masure délabrée, elle devra affronter les soupçons d'un inspecteur tenace et surtout le retour inattendu de sa fille Selena, une brillante journaliste new-yorkaise pour le moins en décalage avec l'existence taciturne de sa mère. Une confrontation poignante entre deux mondes différents en totale rupture affective.


Récompensée entre autres, par un Oscar et un Golden Globe pour son rôle dans "Misery" et nommée pour l’Oscar du meilleur second rôle pour "Primary Colors" et "Monsieur Schmidt", Kathy Bates est une valeur sûre du cinéma américain reconnue internationalement. Depuis 1971 où elle joua son premier rôle dans "Takin Off" de Milos Forman après un début de carrière au théâtre, elle n'a cessé de tourner avec les plus grands dans plus de 50 films sans compter un nombre non négligeable de téléfilms.

Membre de "the Academy Awards", cette boulimique de cinéma s'est lancée depuis 1995 à la réalisation, signant notamment quelques épisodes de "Six Feet Under" et participant aux séries  "NYPD Blue" et "Oz". Elle a réalisé aussi deux téléfilms, dont "Dash and Lily" avec Sham Shepard qui sera cité 9 fois aux Emmy Award et 3 fois au Golden Globe, ainsi que le film « Bonneville » avec Jessica Lange.

Allez découvrir Kathy Bates, laissez-vous séduire par cette femme pas tout à fait anonyme mais qui mène tout de même une vie sans histoire, le plus discrètement possible.


Monsieur_schmidtpetit

Posté par souffle mots à 21:13 - Critiques - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

très grande actice. J'ai adoré les beignets de tomates vertes.

Posté par kty, 05 octobre 2008 à 21:59

Merci pour votre commentaire.

J'espère vous compter parmi mes lecteurs fidèles !

Posté par So Sad, 06 octobre 2008 à 19:01

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