Souffle-Parallèle

Blog inutile, sans intérêt et donc forcément indispensable...

30 juin 2008

Es war einmal

Je regarde la vie et n’y vois que des ombres. Des ombres sans visage. Des ombres décharnées. Chacune sur sa route, happée par ses démons, comme autant de souffrances errant sur le bitume. Anonymes. Anonymes et grises dans leurs manteaux de haine, sous leurs étoffes de désillusion. Elles marchent, sans un mot, sans un regard, droit devant elles, emmitouflées dans leurs solitudes pesantes, dans leurs suffisances aigries, dans leurs incapacités d’être. Elles ne sont rien, rien d’autre qu’elles mêmes. Rien que des âmes de passage sur le trottoir de l’indifférence. Elles évoluent sans passion. Sans passion et sans plaisir au milieu d’un monde qui les ignore. Elles n’existent pas. Elles sont simplement là, attendant l’improbable, espérant l’impossible avec le rêve secret d’être quelqu’un d’autre. Elles croisent leurs semblables, elles ne les voient pas. Ils ne se voient pas. Ils sont invisibles, transparents, incognitos… Fondus dans un paysage terne et linéaire. Bétonnés dans les perspectives écrasantes d’un décor urbain étouffant. Dans leurs monodies muettes ils invoquent des dieux sourds qui n’entendent que le bruit de leurs frustrations.

Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Des dizaines, des centaines, des milliers, des milliards ? Qu’importe. Ils sont là. Impuissants et stériles. Egarés dans un scénario qu’ils ne maîtrisent pas. Assommés par le poids de l’existence, accablés pas des contingences absurdes dont ils ignorent tout. Asservis à leur condition d’être humain, ils respirent sans plaisir, ils réfléchissent sans penser, ils aiment sans passion. Ils jouissent sans frisson. Leur quotidien n’est qu’une longue succession d’instants vides. Des parcelles de pas grand-chose qui s’accumulent au fil du temps pour construire un semblant de quelque chose. Rien qu’un puzzle noir décoloré et insipide. Un patchwork sans couleur. Un Meccano branlant. Instable.

Dans leur tête résonne le cri de leur inanité, de leur incapacité à s’affirmer. De leurs incohérences. Naître et ne pas être… Difficile équation aux multiples inconnues. Alors ils s’inventent des excuses, ils s’imaginent des raisons. Tentent de trouver des réponses à la seule question qui soit « Pourquoi ? ». Pourquoi sont-ils là ? Pourquoi sont-ils, tout simplement … Quelle est leur place ? Quelle est leur fonction ? Où doivent-ils se situer dans ce carrousel infernal, dans ce tourbillon trop rapide qui leur donne le vertige ?

Parfois, au milieu du tumulte, quelqu’un réagit. Il cherche à s’affirmer, à se démarquer, à s’extraire de ce conglomérat d’individualités similaires, croyant être unique, différent, authentique. Mais s’il peut le paraître, à ses yeux et aux yeux de certains, intrinsèquement il n’est guère différent. Au final, il est même totalement identique. Seules les apparences changent. Mais les apparences sont trompeuses et derrière les attitudes, derrière le masque fardé, la réalité est la même. La silhouette est la même. La ligne est la même. Tout n’est que faux-semblant, duperie et imposture.

Nous avons tous en commun l’arrogance de vouloir nous prétendre être différents. Mais nous ne sommes que des homonymes, des copies conformes, des clones génétiquement momifiés, des synonymes connexes et ordinaires, tous liés par une même destiné. Exister. Pour rien. Juste parce que c’est ainsi. Simplement parce que c’est dans la logique des choses. Sans autres alternatives possibles. Nous accusons réception de nos passeports pour l’inutile et nous glissons sur le fil de notre histoire. Nous bâtissons nos cauchemars pour mieux dompter nos peurs. Nous nous inventons des phobies pour nier les évidences. Nous ciselons nos craintes pour nous affranchir de la réalité. Nous offrons en pâture nos cerveaux malades à quelques psycho-blogs dealers d’anxiolytiques. Dans l’espace confiné de nos angoisses nous n’avons que l’assurance de nous enfoncer d’avantage dans le dédale de nos doutes, dans les méandres de nos solitudes aveugles.

Les « je » sont faits. Les options sont posées. Le décor est monté. Les rôles, distribués. Tout est orchestré d’avance. Il ne nous reste plus qu’à jouer nos partitions. Encore faut-il savoir les lire… La mienne est en braille… Es war einmal der Mench… Das menschliche Wesen…

Posté par souffle mots à 17:23 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

euh....

j'ai pas compris grand chose mais... oui oui j'ai lu :) et je t'envoie les corrections hein ;)
Ben oui tu as dit "si coquille... parlez !" donc je parle ;)

Bisoussssssss

Posté par Véro, 12 août 2008 à 12:58

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