Souffle-Parallèle

Blog inutile, sans intérêt et donc forcément indispensable...

03 mai 2008

La livreuse de "soi"

Au cœur de cet espace immatériel, dans ce monde d’illusions numériques, elle vient parfois nous apporter son écrin de réflexions intimes, ses coups de gueule, ses états d'âme... Et non, nous ne nous connaissons pas, pourtant nous nous laissons aller à l’échange comme si nous écrivions à un journal intime interactif où se noue une sorte d'alchimie invisible qui nous unis en un même plaisir de communication. Nous savons que nous pouvons être nous même, que nous pouvons nous exprimer sans devoir subir un quelconque regard.

Ce regard que nous nous portons les uns les autres, nous est personnel. Il ne subit aucune altération d'aucune sorte. Juste un regard qui se crée sur les émotions sur un ressenti et non sur un a priori physique. Le physique influe souvent sur la perception de l'autre et ici, rien de tout ça. Malgré nous, même si nous n'avons rien contre personne, nous réagissons souvent face aux gens par l'image qu'ils nous affichent. Ainsi un visage ouvert pourrait plus facilement nous paraître accessible qu'un regard fermé. De même la gestuelle, le comportement, le grain de la peau, l'odeur, le son de la voix tout cela sont des facteurs qui influent notre perception de l'autre, des facteurs qui ici sont totalement absents. Ici nous ne percevons que l'intime personnalité, que le "moi" intrinsèque sans aucun parti pris, juste l'expression de nos réflexions, juste ce que nous croyons être nous même.

Sans doute, ne sommes-nous pas toujours objectifs par rapport aux textes qui nous touchent. Nous le serions si nous faisions abstraction de nos propres ressentis. Mais inconsciemment nous en idéalisons l’auteur, voyant en lui ce que nous voulons voir. Comme si ses mots étaient une sorte de miroir qui ne reflèterait que les images positives que nous espérions y trouver. En fait nous ignorons tout de lui et il ignore tout de nous. Sommes-nous réellement ce que nous prétendons et est-il réellement celui que nous croyons ? Nous n'en savons rien, et peut importe en fait. Nous trouvons dans ces proses, dans ces vers l'interlocuteur idéal. De fait, nous ne savons pas voir et ne voulons pas trouver en l'autre le détail qui altèrerait notre vision et donc forcement nous ne sommes plus objectif. Nous nous saoulons de mots comme nous le ferions d'une douce liqueur. Et c'est très bien ainsi. L'important reste le plaisir de l'échange. Alors laissons-nous emporter par ces voyages au delà du quotidien où nous trouvons un écho à nos sensibilités sans chercher à paraître autre chose que nous même. Soyons nous même, restons sans fard et la lumière sera !

Laissons donc l’écriture nous parler… Laissons-la faire, « la livreuse de soi »…


Alain/SoSad  13/10/2007 14h39

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Le dernier matin

Qu'il est donc doux ce matin de printemps
Quand la rosée en ce jardin libère
Tous les parfums que nous offre la terre
Se réveillant sous le soleil levant

Au pied d'un buisson sauvage et diffus
Soudain je surprends une musaraigne
Fragile animal qui en ce lieu règne
Tout près du vieux saule aux branches touffues

Derrière un pierrier un peu à l'écart
au bord de la mare ou je m'agenouille
Entre les roseaux saute une grenouille
Pour se reposer sur un nénuphar

Par delà le mur au loin je peux voir
Quelques bovidés qui paissent tranquilles
une herbe bien grasse aux tiges fragiles
Avant de gagner le vieil abreuvoir

L'allée où je marche alors me conduit
A travers les fleurs que le jour enrobe
De mille couleurs comme autant de robes
Dans cet horizon qui m'est interdit

Le cœur à l'envers le long du sentier
Je cueille un bouquet, que l'on me pardonne,
De beaux daturas et de belladone
Qui me sauveront de tout ce merdier

© 15/01/2008 00:11

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Ondine

En ce beau jour d'été le chemin de halage
Bordé de peupliers me faisant bel ombrage
Comme une onde marine au parfum mentholé
Me berce de fraîcheur et de sérénité

Sur les berges je vais, au rythme des palplanches
Le long de ce canal où les cygnes étanchent
Cette ivresse de vie exquise liberté
Que chacun revendique et rêve de goûter

Une lourde péniche au détour d’une écluse 
Se souvient d’Archimède et des niveaux s’amuse
Elle se lève poussive en douceur et sans bruit
Digne et majestueuse en ce bief endormi

Et d’amont en aval coulent des jours paisibles
Fières embarcations et chalands impassibles
Piètres coquilles de noix ou bien frêles esquifs
Comme autant de galions à l’abri des récifs

Sur les bords du chenal tout est calme et tranquille
Je m’arrête un instant loin des murs de la ville
Une bise légère ose embrasser les flots
Mon visage brouillé se reflétant dans l’eau

Doucement je m’enfonce…


© 17/12/2007 21:36

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Klimt « Jesienne Odcienie Melancholii »

Klimt

Cet album n’est aucunement la bande originale d’un reportage consacré à Gustav Klimt mais il pourrait l’être, tant certaines toiles du Maître, je pense notamment à « l’Attersee », auraient très bien pu inspirer l’auteur de ce Jesienne Odcienie Melancholii, un certain Antoni Budziński. De cet homme je ne sais rien, si ce n’est qu’il serait un guitariste polonais œuvrant au sein d’un groupe appelé Saluminesia. Mais qu’importe qui il est et d’où il vient, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans cette galette où prédominent le calme et la beauté. Musique atmosphérique, aérienne, mystérieuse, angélique, limpide, subtile, délicate…
Un enchantement sonore idéal pour la méditation, le repli sur soi tout en nuances d’automne mélancoliques….

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John Hackett & Steve Hackett « Sketches of Satie »

hackett_satieJ’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Erik Satie. Ses compositions pour piano sont parmi les plus touchantes qu’il soit. Compositeur avant-gardiste, son phrasé musical est unique, transformant, en quelques petites minutes, le silence en un monde magique et profond. Bien qu’il ait créé des pièces pour orchestre, le piano reste son instrument de prédilection. Aussi l’album des frères Hackett paraît de prime abord improbable. Adapter les titres de Satie à la guitare et à la flute n’est pas forcément la première idée qui vient à l’esprit. Et pourtant les deux musiciens réussissent à merveille ce tour de force. Mieux même, ils parviennent à nous faire oublier les compositions originales sans les dénaturer. C'est-à-dire qu’on a réellement l’impression que ces titres ont été écrits pour un duo guitare-piano ! Steve, le guitariste, s’occupe principalement de la partie « accompagnement » des compositions de Satie pendant que John, le flutiste s’occupe de la partie « solo ». En résumé, pour faire plus simple, Steve est la main gauche sur le clavier tandis que John est la main droite. Et le résultat est absolument bouleversant. Les « Gnossienne » sont claires, fluides, mystérieuses. Les « Gymnopédie » profondes et sensuelles. Les « Pièces Froides » hypnotisent. Les « Avant-dernières pensées » sautillent, dansent, s’envolent. Quant aux « Nocturne » elles sont magnifiques de délicatesse, de calme… John et Steve égrainent leurs notes en fines volutes musicales subtiles et fragiles. Un album de toute beauté, qui prouve tout le génie créateur de Satie et les qualités d’interprètes des frères Hackett.

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Mods de vie

« We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! »

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1Il faut remonter aux années cinquante pour voir naître en Angleterre le premier phénomène de bandes de jeunes liés par une même identité musicale. A cette époque, ceux que l’on nomme alors les Teddy Boy découvrent le rock’n’roll avec Bill Haley ou Elvis Presley en même temps que les premiers juke-box. Ils idéalisent leurs modèles américains tout en préservant leurs origines. Cette première génération passée, une, seconde attirée par le rythm and blues noir américain prend le relais. Rapidement elle se démarque de son aînée en affirmant un goût prononcé pour le dandysme. Résolument modernes, ces jeunes gens qu’on appelle déjà les mods, vont rapidement faire tâche d’huile et séduire une jeunesse désireuse de se démarquer. Pour le week-end, coupe de cheveux sage très courte avec sur le côté la raie obligatoire, costumes italiens coupés sur mesure avec la chemise blanche à col rond de rigueur et des chaussures à bouts pointues. La semaine, Lewis 501 ultra serré, polo Fred Perry et Clark Hush Puppies, sans oublier une touche de rimmel et l’inséparable parka militaire de l’armée américaine protégeant le tout du smog londonien. Les filles ne sont pas en reste et arborent fièrement une minijupe aux dessins géométriques, un costume deux ou trois pièces, des bas sans couture, des talons aiguilles, un blazer court. Le maquillage, quant à lui, est plutôt sombre privilégiant un mascara agressif, des fards à paupières dans les tons mauves sur un visage le plus blême possible surmonté d’une coiffure « choucroute ». Enfin les mods ne seraient pas les mods sans leurs emblématiques Lambrettas et autres Vespas truffées d’un nombre incalculable de phares et de rétroviseurs ! Narcissiques, le mods adorent le tape-à-l’œil, le paraître et font de la société de consommation qui les a générés un art de vivre, privilégiant la nouveauté et la rareté. Leur goûts musicaux se tournent principalement vers la soul, le rythm’n’blues, le ska, refusant à tout prix le style des Teddy Boys. Comme un grand nombre de mouvements d’adolescent en quête de différence, les mods se radicalisent, forment des clans, touchent aux drogues, principalement les amphétamines, et sont considérés en peu de temps et à juste titre comme des gangs violents et incontrôlables. Leur violence est notamment dirigée contre les Rockers lesquels considèrent les mods comme de prétentieux efféminés. Il faut dire que les Rockers sont tout à l’opposé des Mods. Estampillés 100% rock’n’roll américain, ils sont vêtues de cuir, portent la banane et se déplace en grosses motos made in USA. Les deux clans se livrent à de véritables batailles de rue où la violence fait rage, où les armes blanches côtoient aussi bien les matraques que les hameçons en métal aiguisé. Les mods se forgent une réputation telle qu'ils sont souvent interdits dans certains bars et même magasins.

13Comme beaucoup de jeunes londonien, Jimmy, qui à 20 ans en 1964, est un Mod. Il vit dans une banlieue ouvrière de Londres chez ses parents et occupe un petit emploi minable dans une agence de publicité. Son quotidien l’ennuie profondément et il aspire à une autre vie plus en adéquation avec ses rêves. Aussi il n’attend qu’une chose, retrouver sa bande de copains pour écumer les bars, aller boire dans les « boom », draguer les filles, se défoncer au amphétamines. Ce n’est pas particulièrement un play-boy, il est plutôt malingre et ne se démarque pas particulièrement des autres. Pourtant, il aimerait qu’on le remarque, ou plutôt que la belle Steph daigne poser les yeux sur lui. Mais la belle, plutôt frivole, n’en a que faire. Aussi il va tout tenter pour attirer son attention. Il veut être un vrai mod, craint et respecté, ce qui à ses yeux, serait le seul moyen d’acquérir une certaine crédibilité. Petit à petit, il va se s’affirmer, se forger un personnage violent et imprévisible, semant la pagaille dans les soirées où il se rend, allant même avec ses copains jusqu’à braquer une pharmacie pour devenir « celui qu’il l’a fait », pour asseoir sa réputation de mod. Les bagarres avec les Rockers sont courantes et Jimmy devient de plus en plus instable.

Son heure de gloire, il l’espère toute proche lorsque toute la bande décide de passer le week-end au bord de la mer à Brighton où se déroule une gigantesque réunion de Mods. C’est une véritable horde de scooter qui prend donc la route de la jolie station balnéaire. En chemin, ils croisent cependant leurs ennemis préférés, les Rockers qui, chevauchant leurs puissantes motos, se moquent de ces mods aux allures efféminées sur leurs ridicules Lambrettas poussives. L’une d’entre elle finira d’ailleurs par quitter la route sous la pression des motards en blouson de cuir… Un incident parmi tant d’autres. Enfin arrivée à Brighton, la petite bande retrouve un nombre impressionnant de Mods déambulant dans la ville, tous présents pour danser, boire, draguer, se défoncer, faire la fête. Tous se retrouvent le soir même dans une immense boîte de nuit. 7Chacun est bien évidemment auparavant passé chez le tailleur pour avoir les fringues les plus classes. Malheureusement pour Jimmy, il se rend rapidement compte qu’il n’a guère de chances d’être au dessus du lot et d’attirer le regard de Steph. La belle n’a d’yeux que pour Ace, un grand blond qui ne passe pas inaperçu dans son costume très voyant, son look de frimeur et sa façon de danser. Manifestement l’As est l’attraction de la soirée. Alors que Stpeh tourne autour du blondinet, Jimmy en rage, décide de se rendre sur le patio qui surplombe la piste de danse, monte sur une balustrade et commence à se trémousser comme un damné afin que tout le monde puisse le voir. Il veut marquer la soirée par sa présence. Lorsqu’intervient le service d’ordre pour l’en faire descendre, il plonge dans la foule des danseurs avant de se faire expulser manu militari. Il finira la soirée, seul sur la plage, à ruminer sa rancœur. Au petit matin il retrouve la bande dans un café. Il est plutôt décomposé et de fort mauvaise humeur. C’est alors qu’entrent dans le bar, les mêmes rockers qui, la veille, les avaient provoqués. Dès lors tout va très vite. Les coups commencent à pleuvoir et rapidement l’altercation tourne en bagarre générale. Le café est saccagé. C’est alors le début d’une véritable émeute dans les rues et sur la plage de Brighton. Les Rockers, peu nombreux, sont littéralement laminés par une meute de Mods emplie de haine quand soudain interviennent de tout côté les forces de l’ordre. C’est alors une véritable bataille rangée. L’incident tourne à l’émeute et les Mods font bloc. Ils marchent solidaires et fières scandant leur cri de guère « We are mods, we are mods, we are, we are, we are mods ! ». Jimmy est au premier rang, les yeux gorgés de haine, avec à ses côtés, la belle Steph. L’affrontement entre les Mods et la police est d’une violence incroyable et Jimmy s’en donne à cœur joie. Cependant pris dans étau, Jimmy trouve un échappatoire et parvient à trouver refuge dans une ruelle où il va se cacher en compagnie de Steph. Enfin il l’a tient… Enfin elle est à lui. Prise par l’excitation de la situation elle se laisse faire, accepte les avances de Jimmy et se donne à lui. Remonté à bloc, Jimmy est au comble du bonheur ! La situation semblant plus calme, ils décident de sortir de leur cachette. Dans la rue, tout n’est que désolation, vitrines cassées, magasins dévastés. Au coin d’une rue, Jimmy est cependant rattrapé par la police et se retrouve en fourgon cellulaire. Là il retrouve Ace qui comme lui s’est fait arrêté. Sans attendre ils passent comparution immédiate au tribunal. Jimmy est fasciné par Ace qui la joue grand seigneur devant le juge arborant fièrement un porte feuille bien garni pour payer l’amande considérable qui lui est infligé.

3De retour à Londres, Jimmy retrouve Steph dans les bras de son meilleur ami. Pour lui, tout s’écroule. Il entre alors en conflit avec sa bande, avec sa famille et notamment son père au courrant de son escapade violente à Brighton. Il se « charge » aux amphétamines et décide de repartir pour Brighton, seul lieu où il a été, l’espace de quelques heures, un vrai Mods. Il veut retrouver cette ambiance, retrouver celui qui l’a marqué, retrouver son idole, Ace. Il veut être Ace ! Sur la promenade qui longe la plage de Brighton, il ne reste aucune trace de ces émeutes. Tout est calme. Soudain, à la porte d’un grand hôtel de luxe qui jouxte la mer, il aperçoit celui qui l’avait tant fasciné. Malheureusement, le charisme et la prestance du beau blond sont loin d’être à la hauteur de ce que Jimmy pouvait imaginer. En semaine, Ace n’est qu’un vulgaire groom, affublé d’un ridicule costume rouge qui porte les valises de riches vacanciers. Jimmy est déçu, dégoûté, écœuré. Tout n’était que supercherie. Tout n’était qu’une façade. Tout n’était que leurres. Les Mods ne sont rien et leur idéologie n’est que du vent. Dans un ultime besoin de vengeance, il dérobe le superbe scooter chromé d’Ace, symbole de la fierté Mods et s’en va rouler le long des superbes falaises qui longent la mer… Son rêve Mods, cette fameuse "A Way of Life", il veut tout détruire…

Après « Tommy », « Quadrophenia » est le deuxième concept-album des Who adapté au cinéma. Et si la musique y tient une grande place grâce à sa superbe bande son (on y retrouve une majorité des titres de l’album ainsi que des standards de l’époque comme James Brown, les Kingsmen, Booker T & the MG's, The Cascades, The Chiffons, The Ronettes et The Crystals) il ne s’agit là nullement comme dans « Tommy » d’une simple mise en image de l’album. « Quadrophenia » est un film à part entière et non un opéra-rock ou un film musical. Sobre et efficace, « Quadrophenia » dépeint avec justesse la société anglaise des sixties avec sa rage, sa violence et ses excès. L’ambiance si particulière y est magnifiquement retranscrite et les personnages sont remarquablement interprétés. Phil Daniels, dans le rôle principale de Jimmy, n’a rien d’un héros. Ce n’est qu’un looser, révolté et perdu en manque d’identité. Sting (Ace) est parfait dans la peau du frimeur du dimanche. Leslie Ash (Steph) plante une jeune et jolie allumeuse briseuse de cœur et Toyah Wilcox (Monkey) une amoureuse transie désespérée de voir son Jimmy se détruire. Mark Winget (Dave), Philip Davis (Chalky) et Garry Cooper (Pete) achèvent cette galerie de personnages hauts en couleurs. Réalisé par Franc Roddam en 1979, « Quadrophenia » est une fidèle peinture poignante et réaliste du « Swingin London » des 60’s sublimé par un jeu d’acteurs impeccable et une bande son sans faille. La scène finale avec le superbe « Love, reign o’ver me » est tout simplement un grand moment d’anthologie.

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« Quandrophenia » n’est pas une simple fiction, bien au contraire. Il est le témoignage fidèle d’une époque trouble de l’Angleterre. Les émeutes de Brighton retracent avec justesse les heurts qui se sont déroulés en mai 64, lorsque qu’une horde de Mods ont jeté, du haut de la digue surplombant la page, deux rockers, déclenchant une bagarre générale qui fit la une de tous les journaux anglais et même français : Paris-Match en avait d’ailleurs largement parlé. Plus de 2 millions de jeunes anglais étaient répertoriés comme Mods par le ministère de l’intérieur de sa gracieuse majesté !


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La bande annonce du film (en vo)

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Le Pont

Et la musique de Robert Smith continuait à égrainer ses notes dans ce fatras de métal et de plastique enchevêtrés…

« Come closer and see
See into the trees
Find the girl
If you can
Come closer and see
See into the dark
Just follow your eyes
Just follow your eyes »*

"J’aime trop ma solitude pour la partager avec ton indépendance. Cette indépendance que tu revendiques tant. N’empêche, un désir est né en moi. Un désir dont je ne peux me débarrasser. Pas un désir de vie partagée, non, mais un désir d’amour ponctuel… Sans aucun compromis, sans contrat moral, sans obligation… Chacun de son côté, libre de ses préoccupations. Sans règle définie. Un amour sans lendemain. Je n'ai pas dit sans suite, non, sans lendemain, sans la hantise du lendemain. Je ne veux plus de ces amours exclusifs, où l’on partage tout, le meilleur, le pire, jour après jour, le linge sale, les courses au supermarché, la belle-famille, les week-end programmés. Non, je refuse ce genre de choses. J’ai envie de toi, tout simplement, brutalement, afin que nos corps puissent jouir de l’amitié de nos cœurs. Je sais tout cela peut sembler utopique. Mais je rêve d’un ami sincère avec qui je pourrais tout partager. Un ami à qui je réchaufferais le cœur quand il aurait froid, et embrasserais le corps quand il serait triste. Mais l’amour et l’amitié ne semblent pas faire bon ménage. Tant pis. Alors, alors je me contenterai de te voir heureux, heureux et épanoui dans d’autres bras. L’amitié, c’est respecter le bonheur de l’autre et l’aider à y parvenir. Plus que de t’avoir dans mon lit, te voir vivre pleinement, me comble d’avantage. Le bien être d’un ami vaut tout l’amour du monde. Je préfère te voir éclatant dans le cœur d’une autre que terne dans le mien. Mais avant tout, l’amitié c’est le respect de l’autre. C’est pourquoi je te demande uniquement de respecter cet amour qui t’est dédié. Je ne te demande pas de le combler, mais de le respecter. Vas mon ami, vas vivre ce que tu dois vivre. Je t'aime et t'offre ta liberté."

Ce matin là, c'était sûr, il lui fallait changer de vie. Il n'en pouvait plus. C'était bien trop difficile à vivre. Continuer ainsi n'avait aucun sens, il le savait, elle le savait. Depuis des mois la situation était bloquée, chacun restant sur ses positions, sans savoir comment s'en sortir. Leur deux vies, diamétralement opposées, n'avaient pas d'avenir, ils le savaient tous deux, même s'ils l'espéraient encore. Pourtant l'amour qui les liait était un amour d'une intensité telle, qu'il en était autant absolu que destructeur. Ils avaient partagé des moments inouïs ensemble. Des moments qu'on ne vit qu'une fois dans son existence où la réunion des cœurs atteint le zénith de l'harmonie. Tout n'était que tendresse, échange, complicité. Une complicité unique entre deux êtres à jamais liés dans l'existence par un même amour. Jamais ils n'avaient vécu pareille passion, pareille communion. Cependant leur liaison avait un goût d'inachevée. Un grain de sable avait enrayé la machine. Aussi belle était-elle, leur relation ne pouvait s'épanouir comme ils en avaient rêvé. Sans doute leur fallait-il mettre un point final à cette histoire comme il faut savoir mettre un point final à toute chose. Car de leurs rapports épisodiques, éparses, rien ne pouvait plus aboutir. D’où l’inexorable altération de cette relation sans avenir.

Il était 6h30. Marc avait dû dormir trois heures, guère plus. Trois heures d’un sommeil perturbé. Le lit n’est même pas défait. Trois heures de rêves. D’un rêve pesant. D’un rêve lourd. Trop lourd. Il lui fallait le crier ce rêve. Il était bien trop lourd à garder. Bien sûr Il se brisera, comme tous les rêves. Peu lui importait ce qu’il pouvait se passer par la suite. Il faut parfois savoir prendre des risques. Aller au bout de sa pensée, au bout de ses désirs. Il rêvait d’un havre de paix, où au coin d’un cœur, il pourrait reposer sa vie. Il rêvait d’instants de tendresses, blottis contre un corps qu'il n’oserait sans doute même pas contenter. Pourquoi a-t-il fallu que ce rêve ait ce visage ? Il s'était donc levé de bonheur afin de tout pouvoir régler, de ne rien laisser au hasard. Il était crucial que tout soit parfaitement en ordre avant de partir. Il tenta de prendre son petit déjeuner, mais la faim n'était pas au rendez-vous. Chaque nouvelle bouchée était plus difficile à avaler que la précédente. Une boule d'angoisse obstruait sa gorge. Il finit par boire son café, rapidement et alla tenter de se détendre sous la douche. Une eau brûlante et bienfaitrice caressait son corps… Il se laissait ainsi envahir doucement par la moindre gouttelette comme s'il s'agissait de la dernière. Il resta une bonne demi-heure comme ça, debout, simplement à savourer la caresse chaude couler sur son corps nu. Face à lui, le miroir reflétait l'image d'un homme d'une trentaine d'années, les traits tirés, les yeux gonflés de larmes. Furtivement des images traversaient sa mémoire. Des images qu'il tentait de fuir en fermant les paupières comme pour essayer d'effacer une vison trop difficile à supporter. Mais pourtant inlassablement revenait à lui le visage persistant de celle qu'il voulait oublier, comme un leitmotiv entêtant. Il revoyait ces moments d'amour, de tendresse, de sensualité. Ces instants de magie partagée entre osmose du désir et synergie des passions. Tout semblait les rassembler. Les mêmes centre d'intérêts, les mêmes goûts, les mêmes plaisirs, la même fascination réciproque l'un envers l'autre. Ils avaient trouvé réciproquement l'âme idéale, le coeur complémentaire, la moitié qui leur manquait pour ne faire plus qu'un. D'un bref mouvement de tête rageur, il voulu effacer de son esprit ces pensées douloureuses. Il coupa le robinet, pris la serviette de bain et s'essuya méticuleusement. Il s'aspergea d'eau de toilette, s'appliqua minutieusement de déodorant, se regarda une dernière fois dans la glace embuée et s'habilla rapidement.

Laure dormait encore. Elle n'était pas femme du matin et aimait se prélasser de longues heures dans son lit. Elle avait la chance d'avoir un emploi du temps qui le lui permettait. Aussi s'autorisait-elle des mâtinées entières à rester ainsi allongée à rêver, de tout et de rien. Elle en avait tellement été privée, qu'à présent elle se délectait de ces moments de tranquillité et de farniente. Elle avait trop souffert de l'emprise de son ex qui ne lui avait pas donné l'occasion de s'épanouir. Elle ne voulait plus avoir à jouer ce rôle d’amie par intérim, de conjointe par vacation, de maîtresse par hasard. Juste une fois de temps en temps, lorsqu’il fallait consolider les liens précaires qui s’effilochaient… Comme pour apaiser une lassitude galopante qui pourrissait un quotidien ordinaire, sans surprise, sans idéal, sans raison d’être. Les soirées rivées devant une télévision qu'elle subissait mais qu'elle ne regardait pas. Les nuits bercées aux anxiolytiques, afin de s’endormir, sans se toucher, sans subir le refus d’un besoin sexuel à jamais endormi. Tout cela lui paraissait grotesque. Un énorme non-sens où son seul but était d’attendre. Attendre qu’il ne se passe rien. Elle ne voyageait plus dans ses délires, elle subissait le temps, sachant que chaque seconde à venir serait encore plus vide que la précédente, inlassablement. Elle sentait s’évaporer son passé, et son futur perdait toutes dimensions, toutes prétentions. Elle n'avait plus de futur, seulement un présent pesant, identique, linéaire. Les jours se ressemblaient dans leur platitude, comme un hiver éternel qu’aucun printemps ne venait réchauffer. Une sorte de vie végétative, voire minérale. Elle errait dans un monde qui n'était plus le sien. Loin de ses poèmes, loin de ses passions.. Alors que sa solitude était auparavant emplie d’amour, depuis cet homme son amour était empli de solitude. A présent tout n'était plus que doute et, pour elle, s'engager à nouveau dans une relation lui semblait impossible, irréalisable. Elle voulait vivre pour elle et non plus exclusivement pour un autre. La chrysalide se transformait en papillon.

Marc se dirigea vers son secrétaire, sortit une feuille, prit un stylo et commença à rédiger de sa plus belle écriture une courte lettre. Il la relu, une fois, deux fois et semblant satisfait l'inséra dans une enveloppe qu'il ferma soigneusement avant d'y écrire "Pour Viviane". Il quitta la pièce, vérifia que tout était en ordre, fenêtres fermées, lumières éteintes et traversa le grand couloir qui le menait à l'office. Là, il posa l'enveloppe sur le petit guéridon, chaussa ses bottines, enfila son manteau, prit sa petite valise et referma à clé la porte derrière lui. Il rejoignit alors le parking, l'air soucieux, le regard vide, un poids énorme sur ses épaules. Il regarda sa montre et se dit qu'il était bientôt l'heure. Il sorti son portable, composa le numéro…"Allo ? Lucie ? Oui c'est moi. Oui… Non, non. Oui, Oui… C'est ferme et définitif. Je m'en vais…" Sa voix sombre et tremblotante traduisait quelques sanglots difficiles à contenir. Il monta dans la voiture, posa le portable sur le siège avant et démarra. Il souffla longuement. Un long souffle qui n'en finissait pas, comme pour se donner du courage. Un œil dans le rétroviseur, un autre à gauche… Il actionna le clignotant, passa la première et s'engouffra dans le flot de la circulation urbaine. Le temps était maussade, une sorte de bruine se déposait sur le pare-brise. La route serait longue il le savait. Tout était planifié. L'itinéraire était tracé. Un itinéraire qu'il n'aurait jamais imaginé en fait. Mais bien plus qu'un simple trajet, c'est réellement l'itinéraire de sa vie qui allait changer. Il ne pouvait en être autrement. C'était bien trop tard. Sa décision était ferme et définitive. Nul ne saurait lui faire changer d'avis. Rien n'aurait pu entraver ce dernier voyage vers l'ultime espoir. Trop de douleur, trop de souffrance. Il n'en pouvait plus. Il avait l'habitude de se considérer comme un infirme du cœur, un handicapé de l’amour. Il pensait ne plus avoir le droit à l'amour, tout le dégoûtait. Et la mort, le suicide, lui avaient déjà paru à maintes reprises comme les seules solutions. Mais il n'avait aucun mérite de faire écho de ces choses là, aussi il les gardait au fond de lui, sans jamais en faire part à quiconque. Surtout pas à elles. Le PT-Cruiser poursuivait sa route. Déjà il avait quitté la ville et s'était engagé sur l'autoroute. Le trafic était fluide. La pluie plus présente. L'allure appuyée. Lui qui d'habitude était plutôt calme au volant, en cette matinée pluvieuse il se sentait de plus en plus angoissé et avait tendance à rouler plus vite qu'à l'accoutumé. Bloqué sur la voie de gauche, il dépassait largement les limitations de vitesse, comme pour prendre son élan. Son élan vers l'ailleurs.

« I hear her voice
Calling my name
The sound is deep
In the dark
I hear her voice
And start to run
Into the trees
Into the trees »*

La force de Laure était sa volonté de réussir seule. Lui sa faiblesse, était de vouloir tout perdre à deux. Lui sa richesse c'était ses mots. Elle, c'était la vie son combat. Son combat pour un besoin, une urgence. Lui pour un désir ! Il se sentait si grotesque et ridicule. Il lui étalait sans cesse les détritus de ses pensées nombrilistes, dans le but non avoué d’un peu de compassion faute d'amour. Il encensait sa personne par le biais de poèmes ciselés, de sensualité, rêvant de retombés bénéfiques à ses souffrances dérisoires. Et même si ses poèmes étaient sincères, il s’apercevait, à présent, combien ils pouvaient être prétentieux, voire offensants. Elle lui parlait de beauté de l’art, il lui répondait rondeurs féminines. Elle lui parlait d’indépendance, de liberté, il lui parlait complicité amoureuse. En fait, ils s’étaient rencontrés trop tard ou trop tôt, en tout cas pas au bon moment. Il n’arrivait pas à comprendre son message et pensait que peut-être n’avait-elle, tout simplement, rien à lui dire. Pourtant, il ne pouvait plus se contenter de son absence, et sa présence lui était impossible. Il ignorait si elle l'aimait ou pas ou si c'était l’aventure du quotidien qui l’affolait. Il ne le savait pas. Il se disait alors que sans doute n’était-elle pas celle qu’il espérait, et lui sûrement pas celui qu’elle craignait qu’il soit. Aussi aujourd'hui il devait se taire. Dorénavant ses chants d’amour étaient indésirables. Ses appels de détresse, interdits. Il ne lui restait plus qu’à les laisser moisir dans les basses fosses sombres de son âme sclérosée. A présent, il lui fallait opérer une autocensure radicale, un boycotte de ses rêves et ne plus se laisser envahir par ses débordements intérieurs, au risque de la perdre à tout jamais. Ces mots qu'il avait crus magiques, s'étaient avérés sorcellerie. Ses lettres ne seraient jamais un havre de paix où elle n’aurait pas l’angoisse de s’égarer. Il n'avait fait qu’endolorir ses nuits par ses pyrexies amoureuses. Mais ces fièvres intérieures incontrôlables, il se devait de les lui offrir. Il aurait été malhonnête de la désirer à son insu. Il aurait eu l’impression de l’épier, de lui cacher une vérité. De fait, il lui aurait fallu explorer de nouveaux horizons littéraires, pour perpétuer sa boulimie d’écriture, le plaisir d’écrire. Mais ces écrits, étaient-ils réellement le miroir de lui-même ? Pouvaient-ils rester fidèles à sa personne, si il amputait l’essence nourricière de ses propos ? De quoi pouvait-il bien lui parler si elle lui interdisait ses mots d’amour ? Que pouvait-il donc en faire de ces mots là ? Tous ses rêves s'étaient effondrés. Son rêve de vie à deux, son rêve de vie commune. Comment pouvait-il à présent imaginer un enfant, un petit bébé, avec un petit nez de fouine ? Un petit homme avec du sang polonais ? L’œil bleu, le cheveux blond... Il l'avait imaginée plus d'une fois épanouie sous les formes généreuses d'un corps tout en rondeurs gracieuses dont elle ne serait plus maître du modelage. Une femme enceinte est encore plus désirable, plus belle et harmonieuse qu’à l’accoutumé. Mais il savait maintenant qu'il aurait jamais la chance de sentir ce ventre bouger, de palier à ces envies saugrenues, de supporter ses nausées, de sentir la douceur chaude et tendre de cet antre de vie en gestation. "Que cela doit être beau" pensait-il souvent, "Beau, magique, magnifique. Voir grandir cette minuscule partie de soi, confiné dans ce cocon de tendresse et d’amour."

"Ma très chère Lucie

Je voudrais t’écrire la plus belle de mes lettres. Mais je n’en ai pas la force. Ici, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Comme si j’étais revenu quelques années en arrière. La souffrance retourne à sa source. La case départ d’une vie sans intérêt. Ici, je replonge dans les méandres de ma tristesse. Ici, le spleen pousse comme les mauvaises herbes. Ici, c’est le désert. Et toi qui ne m’écris pas, qui ne me téléphones pas. Évidemment pour toi, rien ne change. A part qu’il n’y a plus cet énergumène un peu envahissant qui te submerge de coups de téléphone, de lettres bizarres. Je n’ai plus le goût de l’écriture. Je traîne sur les lignes péniblement, à la recherche de l’inspiration. Mais rien dans ce foutu pays pourri, ne favorise ce besoin d’écrire. Je me sens un peu perdu, un peu oublié, comme si j’étais condamné, comme si je devais faire pénitence. Mais de quoi suis-je donc bien coupable ? Il me faut partir. Vite. Très vite. Avant que je n’étouffe, avant que je n’explose. Où es-tu fleur de pureté, lumière divine, musique infinie ? N’oublie pas celui qui te vénère, celui qui prie, dans ses délires, des prières impossibles. Celui qui polit dans ses nuits glacées, la pierre secrète qu’il sculpte de sa passion insensée. Celui qui souffre de n’être qu’un. Et toi, petite fille de mes rêves, garde-moi une petite place au fond de ton cœur, ne serait-ce que pour me sourire. Je me sens défaillir. L’espoir s’éteint. Ici, la vie n’a pas de sens. Il n’y a que le silence qui gronde, les soirs d’amertume et d’angoisse. Ici, même mes cauchemars sont différents. Ils ont des dimensions démesurées qui n’ont d’égal que la peur qu’ils m’occasionnent. Je m’éloigne de plus en plus de l’amour. Ce n’est même plus un mirage. Un simple mot sans signification".

Tout avait donc explosé. Tel un ballon de baudruche trop gonflé, un dirigeable qui s’échoue. Pchittt! Plus rien. Disparu. Rideau. Le spectacle était terminé. Pourtant il restait calme. Bizarrement calme. Soulagé ? Peut-être. Résigné ? Sûrement. Sans doute une léthargie nouvelle qui envahissait son être. Un nouveau cycle. Le couvre-feu était installé. La loi du plus mort. A trop prêcher l’amour dans le désert, on s’enlise dans les sables mouvants de l’indifférence. La joute sentimentale lui était devenue trop pesante, trop envahissante. Il abandonnait donc la bataille. Laure l’avait vaincu. Il voulait cependant garder ses dernières forces, afin de retrouver encore un peu de lui-même. A trop la désirer, il avait perdu beaucoup de sa personne. Il s'était négligé. Il lui fallait à présent remodeler ce personnage qu'il était, ivre de musique, ivre de joie, de folie. Depuis peu il s'était rapproché de Lucie. Lucie l'amie d'enfance. Celle qu'on garde toute sa vie. Lucie, sa petite sœur comme il aimait à l'appeler. Elle savait tout de lui. Ses amours, ses espoirs, ses tourments, ses douleurs. Ses souffrances. Bien sûr Lucie jalousait toujours un peu ses petites amies, mais elle acceptait avec humour et amitié les conquêtes de Marc. Pourtant depuis sa rencontre avec Laure elle avait vu son ami changer. Il n'était plus le même. Elle le sentait lui échapper pour de bon. Aussi elle avait de moins en moins d’amitié pour lui. A la place, prenait naissance un sentiment beaucoup plus profond qui lui dictait des désirs plus secrets. Comme si le fait de lui échapper faisait qu'elle s'était soudainement aperçue combien il comptait pour elle, combien elle l'aimait. Elle aurait aimé parfois oublier qu'il existait pour ne pas vivre l’existence d’un oubli. Le cœur peut-il suffire quand le corps désire ? Pas simple de parler d’amour à celui qu'on a toujours aimé sans oser se l'avouer. Il faut choisir les mots justes, ceux qui sont le reflet parfait des sentiments. Et Lucie trouva les mots.

Les yeux fixés au bitume, Marc poursuivait sa route, imperturbable, droit devant lui. La voiture allait bon train, malgré le crachin qui ne cessait de tomber depuis son départ. Mais son esprit était ailleurs, bien ailleurs. Par moment il redressait la tête brusquement comme s'il voulait sortir d'un cauchemar qui l'envahissait. Il subissait des sortes de micro sommeils à peine perceptibles, mais qui altéraient néanmoins son attention. Aussi au bout d'un moment il décida de faire un brève halte sur une aire de repos afin de boire un café qui saurait le réveiller. Il s'engage donc sur la bretelle de décélération, et se gare à proximité d'une petite cafétéria. Il entre dans l'établissement et se dirige vers la machine à café. Il glisse une pièce dans le monnayeur et choisi un café court non sucré. Au même moment son portable retentit.

- Allô ? Oui, bonjour Viviane… Oui, merci et vous ?… Non, non… Non, Viviane, je ne peux rien vous dire. En revanche j'ai laissé des instructions que j'ai rédigées sur papier libre. Oui. Vous les trouverez sur le petit guéridon de l'entrée. Oui tout à fait. Tout y est expliqué, oui, ne vous inquiétez pas… Pardon ? Je rentre quand ? Dieu seul le sait… Mais oui je vais bien ! Je vous laisse Viviane. Oui merci, vous aussi.

Tout en finissant son café, il se disait qu’il avait vraiment de la chance d’avoir une secrétaire aussi dévouée. Il aurait aimé la voir avant de partir, mais elle aurait certainement trouvé mille et une excuses pour le retenir. Viviane était une femme très persuasive et se révélait souvent une véritable mère pour Marc. Bien souvent elle avait été le témoin de ses crises d’angoisse, voir même la confidente de ses doutes. Aussi il avait préféré s’en aller, sans rien lui dire. De toutes façons la lettre lui expliquerait tout. Il jette son gobelet dans une poubelle plastique avant de reprendre la route.

Et les kilomètres se succédaient sur cette autoroute morne, triste et linéaire, comme un long ruban de crêpe noire. Bien qu'attentif à la route, son esprit s'évadait régulièrement pour rejoindre ses doutes et ses interrogations, même si sa décision était sans appel. Il relisait de mémoire cette ultime lettre de Laure "Vas mon ami, vas vivre ce que tu dois vivre. Je t'aime et t'offre ta liberté." Il ne pouvait qu'aller au bout de ce qu'il avait envisagé, sans regarder en arrière. Il essuya une larme, s'alluma une cigarette, comme si le tabac absorbait toute la tension qu'il sentait en lui. D'ailleurs depuis quelques jours il fumait comme jamais il n'avait fumé. La pluie redoublait de violence, la visibilité baissait. Mais il n'en avait cure. Il s'était donné un but et s'en tiendrait coûte que coûte. Lucie l’attendait. Lucie, l’amie de toujours. Lucie, l’amoureuse de toujours, celle qu’il avait trop longtemps négligée. Seule Lucie saurait lui faire oublier Laure.

Il roulait déjà depuis une bonne heure quand soudain son portable sonna. Il hésita une seconde, puis reconnu le nom qui s'affichait sur l'écran. Immédiatement il accepta l'appel, comme par réflexe, comme à chaque fois qu'elle l'appelait. Son cœur se mit à battre la chamade. D'un coup d'un seul il oubliait ses résolutions. C'était plus fort que lui, il ne pouvait lui résister. Il était comme envoûté, comme si un charme le liait à cette femme dont il ne pouvait pas de toute façon se séparer. C'était impossible. Elle était tout pour lui. Sans elle il n'était rien. Il l'avait là, ancrée en lui. Elle coulait en son sang, elle respirait en ses rêves. Elle était omniprésente. Sa vie lui était dédiée. Pas une minute il ne pensait pas à elle. Et c'est bien là, le grain de sable ! Cette relation au delà de toute cohérence frisait la folie, devenait trop prenante, trop étouffante. Comme un soleil trop brûlant. Un vin trop alcoolisé. Une passion dévorante qui les avait détruits petit à petit. Il approcha l'appareil à son oreille.

- Oui Amour ? dit-il d'une voix tremblante

- Je t’aime. Reviens, je t'en prie.

A cet instant son esprit s'embrouille. Ses yeux se recouvrent d'un voile d'émotion. Sa vue se trouble. C'est tout juste s'il distingue la vive lueur rouge, là, juste devant lui. Mais à peine prend-il conscience que le camion qui le précède vient de freiner brutalement, qu'il tente de l'éviter dans une manœuvre désespérée. … Sa voiture perd son adhérence en même temps qu'il en perd le contrôle. Comme folle, elle dévie de sa trajectoire. Traverse le terre plein central… S'écrase contre un pilier de pont…

Seul un cri d'effroi au bout d'un téléphone portable traduisait encore un peu de vie…

« Suddenly I stop
But I know it's too late
I'm lost in a forest
All alone
The girl was never there
It's always the same
I'm running towards nothing
Again and again and again and again »*

*The Cure « The Forest » (Robert Smith/Simon Gallup/Laurence Tolhurst/Mathieu Hartley)
extrait de l’Album "SEVENTEEN SECONDS"

seventeenseconds

© Alain.D-So Sad 07/01/2005

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02 mai 2008

Sonic Youth « Dirty »

dirtyL’univers des Sonic Youth n’est pas ce qui est des plus faciles d’accès. Ces quatre musiciens ne sont pas particulièrement connus pour faire dans la dentelle. Loin de là. Chacun de leurs albums est un concentré de bruits judicieusement bricolés pour en faire une œuvre d’art. Groupe qualifié tour à tour de no-wave, hard-core ou même grunge, les Sonic Youth ne portent en fait aucune de ces étiquettes. Leur musique, faite de distorsions, de dissonances enveloppant des mélodies pop, est unique dans son genre et se veut avant tout libre. Car telle est le leitmotiv du groupe, la liberté de création. Bricoleur talentueux, ils n’hésitent pas à modifier leurs instruments de façon tout particulière pour créer un son unique. Véritables laboratoires d’expérimentations musicales, leurs albums peuvent bien souvent heurter l’auditeur non habitué à ce genre de sonorités. N’empêche, le rock des Sonic Youth est d’une efficacité redoutable et ce « Dirty » en est l’exemple même. Plus accessible que leurs autres productions, il associe à merveille compositions rock et délires créatifs à tel point que les fans considéreront cet album de « facile ». Mais son efficacité n’en est pas moins redoutable. « 100% » est un rock pur jus, « Theresa’s Sound-world » paraît presque calme et reposé. « Drunken Butterfly » explosif à souhait avec la voix si particulière de la bassiste Kim Gordon. « Sugar Kane » aurait mérité d’être un tube. « Nic fit » est incroyable de furie électrique. En quinze titres, « Dirty » fait le tour de toute la palette sonore du groupe qui transforme de simples titres rock en d’incroyables déluges de folie musicale.

Posté par souffle mots à 13:26 - Mur du son - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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